À propos de Julien

Informaticien, chef de projet en marketing et communication, expert retail, formateur, animateur d'évènements professionnels, danseur, musicien, joueur sponsorisé de jeux vidéo de stratégie ... Après avoir accepté et organisé sa multipotentialité, Julien a co-fondé Kmeo, un espace où les multipotentiels et les slasheurs peuvent se former et s'entraider.

Inventeur en créativité, chercheur d’étincelle – Interview de Nicolas Brun

Petit, quand on me demandait ce que je voulais quand je serai grand, je répondais « inventeur ». Alors autant dire qu’en lisant la description de Nicolas Brun sur LinkedIn qui se définit comme « Inventeur en créativité et chercheur d’étincelle », je n’avais qu’une envie, c’était qu’il nous parle de son univers et de ses inventions.

Le reste de sa description n’a fait qu’augmenter ma curiosité : « Je suis un chercheur d’élan, un explorateur de moi-même. Un qui flâne sur les chemin de la vie. Atypique, singulier. J’ai des allures de zèbre, d’okapi ou peut-être d’ornithorynque : inclassable, multiple, multifonction, multipotentiel. Je me construis un chemin pavé de sensibilité… d’hypersensibilité. »

J’espère que vous apprécierez notre conversation avec Nicolas dans laquelle nous parlerons de ses multiples projets, de sa scolarité en tant qu’enfant rêveur, d’apprentissage par la compréhension, de méditation et bien sûr, de créativité.  Et nous vous invitons à suivre ses articles et ses posts sur son blog et son profil LinkedIn dont vous retrouverez tous les liens à la fin de l’interview.

Bonne lecture !

Bonjour Nicolas ! Peux-tu nous dire comment tu réponds à la question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » ?

Question difficile effectivement ! La réponse la plus simple et la plus fiable est que je suis professeur de théâtre. Ce n’est pourtant pas mon travail à plein temps mais c’est l’activité la plus stable que j’ai actuellement. 

Quels métiers exerces-tu en parallèle ?

Je suis développeur web, web designer, graphiste, illustrateur, acteur, professeur de théâtre. Beaucoup de métiers que j’exerce en tant qu’autodidacte. 

On a également un site avec Armelle, ma compagne, qui est le site de référence sur les énigmes francophones et qui a aussi été adapté en livre.

Et enfin, j’ai le site Holographik, même si je ne gagne pas d’argent avec ce projet. J’ai de grosses difficultés à me vendre, c’est à dire que je sais communiquer mais je ne suis pas un vendeur.

livres enigmes creatives

Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

C’est un projet important pour moi car c’est la conjonction de quelque chose, la créativité, qui m’a suivi tout au long de mon parcours.

C’est un site internet, sous forme de blog, sur la créativité pour les personnes qui ont envie de la développer.

J’ai toujours effectué beaucoup de recherches sur ce sujet et ça a touché sur de nombreux domaines. Au théâtre, j’enseigne la création collective sur l’instant, et il a fallu créer des outils qui n’existaient pas jusque là, d’où ces recherches.

Tu dirais que cette diversité de compétences a été par besoin ou par nécessité financière ?

Financièrement cela ne m’a pas aidé. Si j’ai appris tout ça c’est un élan personnel. A vrai dire, j’ai toujours été comme ça. II faut dire que j’étais dans la lune depuis tout petit. Je me rappelle que quand j’étais à l’école et que je regardais le maitre d’école c’était pour regarder sa tête et la dessiner. Je chantais aussi déjà petit et décodait les accords à l’oreille. Au début c’était uniquement les notes et la mélodie et à un moment donné c’était les accords entiers.

J’ai donc toujours été comme ça mais en même temps j’ai de gros trous de compétence. Je ne sais si beaucoup de multipotentiels ont cette particularité mais il y a des choses où je suis vraiment nul. C’est un gros mystère pour moi. Bon après il y a des choses qui ne m’intéressent pas, comme l’actualité.

Comment cela a été perçu par tes professeurs ce coté créatif et rêveur ?

J’en ai souffert parce qu’en plus d’être rêveur j’étais très très désorganisé. Je n’avais jamais mes affaires, je ne faisais pas mes devoirs. Je n’étais pas méchant, je ne faisais pas l’idiot en classe, je n’étais pas un rebelle activement mais j’étais sans doute perçu comme ça car je n’arrivais pas à écouter. On me demandait de faire des choses, mais je n’y pensais pas. Mes affaires c’était le bordel.

Et bien que je dessine j’ai une forme de problème de motricité fine, c’est à dire que j’écris très mal donc mes papiers à l’école étaient abominables pour mes professeurs qui n’arrivaient pas à me lire. On me mettait souvent à coté du meilleur de la classe pour m’aider à suivre et en général on partageait le livre car je n’avais pas le mien.

Tu dis que tu « n’y pensais pas ». À quoi pensais-tu dans ces moments-là ? Tu étais dans quel état d’esprit, qu’est-ce qui te passionnait ?

Je n’arrivais pas à rester concentré. J’écoutais le professeur et, au bout d’un moment en entendant un mot, je partais dans une forme de bulle très riche et très colorée où je ne voyais plus ce qui était autour de moi. J’étais complètement coupé de l’extérieur. Je n’entendais plus, je ne voyais plus. Je voyais des images, des choses, je ne me rappelle plus quels étaient les sujets mais j’étais vraiment dans la lune. 

J’avais du mal à suivre car dès que j’avais quelque chose qui me passionnait j’avais du mal à m’en détacher. J’avais envie d’approfondir certaines réflexions qui n’étaient peut-être pas de mon âge. Je pense que le reste ne m’intéressais pas car c’était superficiel et j’avais besoin de comprendre. C’était quelque chose de très fort chez moi. J’avais la phobie d’apprendre par coeur. 

Je me rappelle par exemple que je n’arrivais pas à apprendre les tables de multiplication. J’ai donc fait du calcul mental. Je me suis dit, au lieu d’apprendre, je vais retrouver les résultats par la logique et la compréhension. La compréhension m’intéressait mais l’apprentissage ne m’intéressait pas. Savoir qu’il y avait des choses où « c’était comme ça, c’était la réalité et il fallait juste suivre la consigne », moi ça ne m’intéressait pas.

Donc si tu ne comprenais pas, il n’y avait pas d’apprentissage possible ?

Oui tout à fait. Et j’avais beaucoup l’esprit critique aussi. Je n’étais pas facilement satisfait par les explications qui m’étaient données pour expliquer quelque chose. On me demandait d’écouter bêtement des choses, et ça j’ai toujours eu du mal. La compréhension et la sensibilité artistique ont toujours eu beaucoup d’importance pour moi.

Et par la suite, quand tu es parti à l’université d’informatique, comment as-tu fait avec ce trait de caractère ? Je te pose la question car j’ai moi-même eu du mal en dernière année de master d’informatique car il fallait apprendre beaucoup de choses par coeur dans beaucoup de matières sans avoir le temps de comprendre et que cela m’a donné beaucoup de difficulté (Julien).

J’avoue que c’est un peu mystérieux surtout que j’ai eu des problèmes de santé à ce moment-là. J’avais de grandes douleurs en restant assis longtemps. Cela m’a empêché de suivre les cours. Et donc après 6 mois, j’ai fait de la stratégie, je suis allé à la moitié des cours mais je n’ai pas vraiment changé. Je ne me suis pas adapté au système d’enseignement, j’étais vraiment dans l’esprit de faire ça au feeling. Dès que c’était du par coeur et que je ne pouvais pas retrouver les résultats par la logique c’était compliqué et dès que ça touchait quelque chose en moi j’avais des facilités.

J’ai arrêté en maitrise (4ème année) car j’en avais marre avec mes douleurs qui étaient trop intenses.

Au final, c’est un peu mystérieux comment je suis arrivé jusqu’à là. Même avec le peu de cours que je suivais, j’arrivais à avoir des notes pas mauvaises et je sais que ça énervait un peu les gens. 

Mais je me souviens qu’en interro surprise en terminale S quand le professeur demandait à recracher du par coeur, j’avais toujours zéro. C’était difficile mais j’ai quand même fait mon chemin.

Ce n’est pas un peu contradictoire qu’on nous demande de comprendre et de mettre en pratique derrière alors qu’on nous demande d’apprendre par coeur ? (Steph) 

J’ai toujours eu le sentiment que trop réfléchir et trop chercher de comprendre c’était la plaie pour les profs. Tu veux comprendre les choses mais eux ont un programme à suivre. J’avais des coups de coeur comme par exemple la 3D. Mais à coté je me suis pris des plombs comme en français où je n’avais pas lu les livres.

Qu’est-ce qui t’a amené à chercher et trouver le terme « multipotentiel » ? Ou peut-être es-tu tombé dessus par hasard ?

J’étais tombé sur un article d’une fille dans lequel je me suis « dis donc elle est aussi folle que moi » ! (rires) Je m’étais reconnu dans cet article qui parlait de zèbre et de fil en aiguille je suis arrivé au multipotentiel.

Est-ce que ça a changé quelque chose de pouvoir mettre un terme sur ton profil ?

Oui je pense que c’est intéressant de mettre des termes. Je sais que des fois les gens ça les rebute car ils ont peur que ça les réduise à ça. Mais je pense qu’on peut avoir un terme sans s’y réduire et que ça aide parce que sinon on est plus sensible à la culpabilisation externe. Car la société nous dit qu’on devrait fonctionner d’une certaine manière mais avec ce terme ça nous permet de comprendre et de se dire qu’il y a des profils. Se dire « Ce n’est pas moi qui suis fou. j’ai un profil, il est particulier. Il ne plait pas à tout le monde mais il permet de me sentir légitime ».

Kmeo Nicolas Brun

Justement sur cette légitimité, te sens-tu toujours légitime dans tout ce que tu fais ou souffres-tu du syndrome de l’imposteur ?

(rires) Non c’est très dur. J’en ai toujours souffert. A partir du moment où tu fais ton propre chemin, non seulement ce n’est pas facile car tu n’as pas de reconnaissance mais surtout les gens n’acceptent pas que ce n’est pas le chemin académique. Si tu fais les choses mais que tu ne suis pas les règles de la discipline, les gens le vivent mal.

Moi je ne suis aucune règle. Je fais par exemple de l’illustration avec ma sensibilité. Je n’ai jamais compris les règles. Qu’on m’explique des choses je peux l’entendre mais soit je le comprends soit je le sens avec ma sensibilité personnelle mais entre les deux il n’y a rien. 

Quand j’enseigne au théâtre, ça m’a demandé plus de temps parce qu’il faut y réfléchir plus mais je n’ai aucune règle à proposer aux gens. Il y a des mécanismes et des principes comme par exemple si tu joues de dos cela va avoir un effet, mais ce n’est pas une règle. Une scène c’est un tableau esthétique et selon comment tu t’y mets, l’esthétique est impactée mais je ne vais pas dire aux gens « vous devez jouer de face et puis c’est tout ».

Tu as dit que même sans aller en cours tu avais eu de bons résultats. Comment c’était perçu par ton entourage et tes collègues ?

Pour être honnête,  je ressentais plein d’émotions autour. De temps en temps, il y avait de l’agacement, de la jalousie, de l’admiration, notamment pour cette liberté, (même si je ne le vivais pas comme telle). Ça m’a posé beaucoup de difficultés ce profil.

Et comment le vis-tu aujourd’hui ? Comme quelque chose de plutôt positif ou négatif ?

Je pense que globalement je le trouve positif. Multipotentiel cela ne veut pas dire qu’à coté il n’y a pas de difficultés, mais j’essaye aujourd’hui beaucoup plus de m’inclure dans un tableau complet. J’essaye de m’accepter plus dans mon entièreté et voir tous les aspects et les particularités. J’ai une vie qui est proche de mes valeurs. Même si ce n’est pas facile, je suis content de ce profil.

Si j’avais une baguette magique pour devenir « normal » je ne voudrais pas de ça car finalement, toutes ces différences je les trouves passionnantes aussi. C’est ce qui me constitue. J’accepte plus mes parts d’ombre, sans le voir négativement non plus. 

Au sujet de la persévérance, as-tu trouvé des outils ou des méthodes qui t’ont aidé ?

Pour moi ce qui m’a aidé, c’est la méditation. Au début je m’étais donné comme consigne de commencer à méditer. Ressentir des choses de manière corporelle mais sans aucune contrainte de temps. Par contre la seule consigne c’était de le faire tous les jours. Et au fur et à mesure ça a été plus facile. Quand j’ai réussi à tenir 2 minutes, ce qui peut paraitre ridicule, pour moi c’était déjà beaucoup. Puis j’ai pu doubler, et doubler encore et maintenant je peux dépasser les 40 minutes.

As-tu un instant particulier pour méditer ?

Comme j’ai un emploi du temps assez souple, j’essaye de le faire plusieurs fois dans la journée. Je suis décalé vis à vis du sommeil. Je pense que ma biologie est comme ça. Je me couche tard et je me lève tard. Je médite souvent avant ou pendant que je fais à manger.

Est-ce que par la méditation tu as eu des indices sur ce qui te faisait perdre en persévérance dans une activité ?

À partir du moment où j’ai commencé à méditer, je suis arrivé à mieux voir mes émotions, à les voir en face. A savoir si je fais une chose car c’est ce que je veux au fond de moi ou si c’est pour éviter quelque chose ou par frustration. C’était plus clair pour moi pourquoi je voulais agir. Au quotidien ça me permet de mieux gérer les choses.

En méditation, on s’aperçoit que même les choses négatives on peut s’y intéresser. Je peux avoir une anxiété mais je peux m’y intéresser et essayer de comprendre et cela change vraiment les choses. C’était très dur au début de recentrer mes pensées mais ça fait parti du travail. En méditation ce n’est pas un échec.

Quel outil utilises-tu pour méditer ?

J’ai tendance à créer mes propres méthodes. J’essayais d’écouter tous les sons autour de moi, puis j’ai intégré d’autres choses comme percevoir mes émotions. Aujourd’hui pour ma méditation, j’essaye de garder une vision globale sans suivre de canevas.

Tu as écrit un article sur le fait de devoir parfois régresser pour devenir meilleur et je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec les multipotentiels qui repartent souvent de zéro. Pourrais-tu nous parler de cet article ? (Julien)

Oui c’est un article sur le maximum local. L’idée est que si on monte sur une chaise, pour monter plus haut, il faudra descendre pour aller chercher une échelle. Des fois il y a des approches qui peuvent nous faire progresser très vite mais il va arriver un moment donné où l’on va plafonner.

Des fois il y a des gros pièges qui sont des choses très attractives et qui font progresser très vite mais qui plafonnent rapidement. Au théâtre c’est la raison pour laquelle je ne donne pas de règle car sinon on ne peut plus batir de sensibilité. La sensibilité il faut la développer et ça c’est plus long.

Nicolas Brun enseignement theatre

Comment est-ce vécu par les gens qui travaillent avec toi et qui parfois ont besoin d’être cadré et à qui ce « manque de cadre » peut faire peur ?

Plus les gens sont classiques plus ils désertent nos cours car ils veulent des choses très linéaires. Parfois des gens nous le reprochent, c’est un risque. Dans nos cours, on n’engueule pas les gens, on est dans la bienveillance ce qui rend nos cours plus accessibles. Mais d’un autre coté, il y a des gens ça les perd.

Par exemple, une question fréquente que l’on nous pose est de savoir si c’est bon ou si c’est mauvais. Mais moi je n’ai pas de réponses à cette question. Je peux leur dire éventuellement ce que j’en pense moi. Et ça, ça les perturbe. C’est une forme d’intolérance à l’ambiguïté que je remarque chez beaucoup de gens.

Y a-t-il des personnes chez qui tu as pu observer des grands changements à ce niveau ?

Il y en a eu. Ils s’améliorent tous mais j’ai quand même l’impression qu’en général, ceux qui n’arrivent pas à lâcher prise et qui sont obligés d’avoir quelque chose de l’extérieur sont ceux qui vont avoir de grandes difficultés. Ce sont des gens qui ne veulent pas regarder leur sensibilité personnelle. Ils n’arrivent pas à se faire un avis par eux-mêmes.

Quand on regarde un tableau par exemple, on peut se dire si on aime ou on n’aime pas. Mais certains, s’ils en sont l’auteur ne sont plus capables de le dire. On ne te demande pas si c’est technique ou pas et si ça respecte des règles, on te demande juste ce que tu ressens en tant qu’observateur de ce que tu fais.  

Et si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui n’ose pas faire une activité créative ?

Ce qu’on fait dans nos cours, c’est qu’on commence à leur faire accepter l’erreur. On ne leur demande pas d’être créatif, c’est ça le paradoxe. Les gens qui forcent le trait à vouloir être créatif ne sont souvent pas très bons au final. On fait de la création de l’instant, on improvise des histoires. On leur apprend au départ à dire des choses banales, à faire quelque chose et à l’assumer. Les idées on ne peut pas les forcer à venir.

Mon conseil c’est qu’il faut se confronter au fait d’assumer ses créations, assumer de faire des erreurs, assumer de pas être dans les clous, à faire des choses qui sont simples. Dans un de mes articles je parlais justement de partir du banal et qu’après les idées viennent.

Holographik quadrants-creativite

Questions rapides

Un livre en particulier qui a marqué ton quotidien ?

La source du bonheur est dans notre cerveau tiré des travaux de Jacques Fradin sur les mécanismes cérébraux. Il m’a beaucoup influencé et m’a ouvert la porte vers ma passion pour la psychologie et les neurosciences.

Quel conseil donnerais-tu à ton toi de 20 ans ?

Très spontanément, je lui dirais d’arrêter de se battre. Je me suis beaucoup battu en n’acceptant qu’à moitié qui j’étais et aujourd’hui je suis beaucoup plus dans une phase d’acceptation. Donc je lui dirais d’arrêter de lutter trop et d’accepter qui j’étais.

Quel est le meilleur investissement récent que tu as fait ?

Ma tablette graphique qui m’a permis de numériser beaucoup d’idées que j’avais.

Une citation qui t’accompagne ?

Je ne suis pas très citation mais une citation qui me parle est « Il ne savait pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » de Mark Twain même si je ne considère que seule la volonté suffit à tout faire. Cela me rappelle que personne ne croyait en notre projet de monter une vraie pièce en la créant sur l’instant mais avec beaucoup de volonté, de travail et d’inventions, c’est ce que l’on a réalisé. 

Les liens pour retrouver Nicolas

Crédit photo de l’article : Jon

Comment choisir un métier quand on est multipassioné ?

S’il y a bien une chose qui peut être compliquée quand on a un profil multipotentiel et donc que beaucoup de sujets nous intéressent, c’est de choisir un métier.

Que vous sortiez du lycée et deviez choisir une spécialisation si tôt dans votre vie ou que vous envisagiez une reconversion professionnelle, il y a des chances que la tâche ne soit pas de tout repos.

Pour ma part, j’avais bien essayé de repousser ce choix le plus possible en poursuivant un Bac S qui m’avait-on dit, m’ouvrirait le plus de portes (oui je sais, nous pourrions débattre de ce sujet pendant des heures mais là n’est pas la question !).

Pourtant à un moment donné, il m’a bien fallu choisir une spécialisation. Et je dois vous l’avouer à l’époque, je manquais cruellement de méthode pour prendre cette décision qui allait avoir un impact considérable sur ma vie.

Mais au final, qu’est-ce qui rend ce choix si difficile ? Y aurait-il un moyen de faciliter cette prise de décision ? Et peut-on avoir trop de passions ?

Un trop grand nombre de possibilités ?

Une des raisons pour laquelle choisir un métier peut nous sembler compliqué est le très grand nombre de possibilités qui s’offre à nous.

Combien y a-t-il de professions ? Il y en a des centaines ou des milliers et le nombre ne cesse de grandir. Pour chaque métier qui a disparu, comme allumeur de réverbères ou poinçonneur dans le métro, beaucoup de nouveaux ont émergé, comme Chief Happiness Officer ou Ingénieur Bio-Informaticien (et non, ce n’est pas un informaticien qui mange bio…).

Aussi, combien de sujets existe-t-il qui pourraient vous intéresser? Des dizaines de milliers. En fait, il y en a plus que ce que vous ne pourriez jamais apprendre. Et le plus difficile est de se dire que l’on doive en choisir un seul.

Beaucoup de personnes nous disent se sentir perdues devant tous ces choix et nous pouvons facilement le comprendre. Elles s’intéressent à de nombreux sujets et ont des facilités dans plusieurs domaines et pour elles, devoir choisir leur donne la sensation d’avoir à tirer un trait sur toutes les autres opportunités de carrière.

Mais nous ne pouvons pas juste nous contenter de les plaindre. Ce que nous pouvons faire en revanche, c’est de les préparer à devenir ce que l’on pourrait appeler des voyageurs organisés.

Carte, boussole et stratégie 

Vous l’aurez deviné, je ne vais pas vous conseiller de suivre une formation ou de commencer un nouveau métier en enfilant un short et des tongs. Le voyage risquerait de ne pas être très long.

Par contre, tel un voyageur organisé qui explore une nouvelle ville, vous avez devant vous un monde d’idées et de carrières à explorer. Comme lui, vous devez également reconnaître que vous ne pouvez pas explorer tout ce qui est proposé. Comme lui, vous devez donc planifier votre approche.

Mais il faut avant tout que vous preniez le temps dont vous avez besoin pour atteindre votre destination finale. Acceptez que votre voyage puisse être long.

Apprenez également à connaître quel type de voyageur vous êtes.  Pour quelles raisons avez-vous sélectionné cette destination  ? Qu’êtes-vous venu chercher ? Comment se déroule votre voyage et que vous apprend-il sur vous ? Qu’est-ce qui vous plait et vous déplait ?

Bien sûr, avoir de nombreux choix peut être accablant, mais est-ce vraiment une mauvaise chose ? Ne préféreriez-vous pas trop de choix à trop peu ?

Si un mur en béton vous barre le chemin pour entrer dans la ville de vos rêves, vous seriez probablement coincé. Mais si c’est une forêt dense et luxuriante, la seule chose dont vous aurez besoin est d’une bonne carte et d’une stratégie solide pour vous frayer un chemin.

D’ailleurs, voyons maintenant en quoi consiste cette stratégie…

Un juste équilibre entre tête et coeur

Pour choisir un métier à poursuivre, il vous faudra trouver l’équilibre entre écouter vos émotions et votre logique.

D’un coté, il est primordial d’être passionné par ce que vous faites, et vous ne devez pas abandonner l’idée de devenir par exemple musicien juste parce que la partie rationnelle de votre cerveau vous dit qu’il est difficile de percer dans la musique. D’un autre coté, si la part émotionnelle est trop importante, il se peut que vous ne réfléchissiez pas clairement.

Il est facile d’idéaliser un métier en oubliant toutes les contraintes associées. De la même manière, on peut rapidement abandonner l’idée d’exercer un métier alors que l’on ne connaît pas réellement celui-ci.

La passion pour un sujet ne doit pas vous servir d’excuse pour ne pas faire un vrai travail de recherche sur les métiers associés. Basez votre décision sur du concret, renseignez-vous auprès de personnes exerçant déjà dans ce domaine et si cela vous plait toujours, foncez !

D’un autre coté, si vous n’écoutez que votre tête vous risquez de rester enfermer dans un métier qui n’est pas fait pour vous et d’oublier que votre but est de vous sentir épanoui par ce que vous faites.

Posez-vous la question « Si je gagnais au loto, aurais-je toujours envie de faire ce métier ? » Si la réponse est non, il y a de grandes chances que ce ne soit pas une vraie passion.

Peut-on avoir trop de passions ?

La seule raison pour laquelle avoir beaucoup de passions est perçu comme un problème est parce que nous vivons dans un monde linéaire et normalisé. Un monde qui nous demande de cocher une simple case pour décrire ce que nous faisons.

Et si, au lieu de cocher une case, vous écriviez un paragraphe complet expliquant votre travail ? Ce n’est peut-être pas ce que le monde vous demande de faire, mais vous avez le droit faire et de le proposer.

Si vous avez la chance d’avoir de nombreuses passions, vous pouvez alors en associer plusieurs pour créer la carrière de votre choix.

Il y a ensuite ceux qui ont du mal à déterminer lesquelles de leurs passions devrait être la base de leur gagne-pain et lesquelles devrait rester un simple plaisir personnel.

Prenons l’exemple de Guillaume qui aime son métier de développeur informatique et est passionné par la plongée sous-marine au point d’avoir passé chaque niveau. Il a la possibilité d’encadrer d’autres plongeurs et d’en faire son métier. Est-ce une raison suffisante pour arrêter l’informatique et en faire son principal métier ? Bien évidemment non.

C’est une personne multipassioné menant une vie bien équilibrée, et c’est parfait ainsi.

Enfin, même si vous avez trouvé une passion dans laquelle vous dévouer, soyez ouvert au changement. Vous changez et le monde change également. Les priorités changent. De nouvelles opportunités et de nouvelles crises peuvent survenir.

Bien que vous deviez poursuivre votre passion pour réaliser votre talent, vous devez également garder l’esprit ouvert. En d’autres termes, si vous le faites correctement, la recherche ne devrait jamais se terminer !

Pour résumer

Au final, si vous deviez sauter tout ce que j’ai écrit à la sueur de mon front et passer directement à l’essentiel :

  • Ne voyez pas le fait d’avoir trop de choix comme une mauvaise chose mais comme une opportunité.  C’est une chance d’avoir plusieurs passions quand de nombreuses personnes peuvent passer leur vie à en chercher une sans la trouver.
  • Préparez-vous tel un voyageur pour explorer les différentes possibilités de carrière et prenez le temps pour travailler votre stratégie.
  • Acceptez le fait que ce voyage puisse être long et varié mais n’oubliez pas que votre destination finale a de grandes chances d’être une organisation de travail alignée avec votre valeurs et votre fonctionnement. Et profitez de ce long voyage pour en apprendre plus sur vous.
  • Trouvez le bon équilibre entre tête et coeur pour décider quel(s) métier(s) vous souhaitez faire. Écoutez votre coeur pour vous diriger et vos recherches et votre logique pour faire votre choix.
  • Vous avez de nombreuses passions ? Avez-vous envisagé d’en associer plusieurs pour construire une carrière qui vous ressemble ?
  • Le monde change et vous également. Alors profitez de votre grande faculté d’adaptation et de vos multiples compétences pour vous démarquer et restez ouvert aux nouvelles opportunités.

À vous !

Et vous ? Comment choisissez-vous vos activités ?  Quelle stratégie avez-vous mis en place pour prendre vos décisions ? Partagez avec nous vos réponses en commentaires ou dans le groupe de discussion Kmeo !

10 atouts d’un multipotentiel au travail

Soyons clair, je ne suis pas partisan de devoir mentir sur son CV ou dans son pitch pour décrocher un job ou une affaire.

On entend souvent qu’il faut adapter les compétences sur son CV suivant l’offre d’emploi que l’on vise. Soit. Mais, entre choisir ses termes suivant une annonce et donner une fausse image de nous, il n’y a qu’un pas.

Soulever des atouts qui ne nous reflètent pas vraiment, qui ne traduisent pas notre façon de fonctionner ne peut que conduire à une mauvaise relation de travail et toutes les conséquences que cela peut avoir (burn-out, brown-out, dépression …).

D’autant plus que les qualités de notre profil multipotentiel me semblent être aujourd’hui un vrai avantage dans le monde du travail.

Vous verrez que la liste des atouts que je vais vous dresser qui ressortent régulièrement chez les personnes ayant ce profil, pourront vous aider à vous démarquer tout en restant fidèle à votre mode de fonctionnement, à vos valeurs, à vous-même.

Cette liste n’est pas exhaustive et vous vous reconnaîtrez peut-être plus dans certains points que d’autres. Mais j’espère qu’elle pourra vous aider à réaliser ou confirmer que ce profil a de nombreux atouts que vous pouvez mettre en avant.

#1 L’enthousiasme et la détermination

Une chose est sûre, quand un multipotentiel s’intéresse à un sujet, on ne peut pas dire qu’il le fasse à moitié ! Cela peut rapidement tourner à l’obsession.

Quand vous abordez un nouveau projet, vous le faites avec détermination et passion. Et il n’est pas rare que celui-ci occupe votre esprit en permanence.

La plupart de ces projets ne resterons que des hobbies, mais avouons-le, l’idée d’en faire votre prochain job n’est jamais bien loin… (et puis quand on a grandi en regardant Jarod dans la série Le Caméléon changer de métier chaque épisode pour arrêter les méchants, ça n’aide pas !)

Alors quand cela concerne un nouveau poste, vous pouvez être certains que l’implication d’un multipotentiel sera entière.

Souvent, et nous en avons parlé dans un précédent article, quand l’objectif émotionnel est atteint et que vous avez trouvé ce que vous recherchiez, l’ennui peut vite arriver. Mais, pour la plupart des postes et avec un management adapté, il est tout à fait possible de garder cet enthousiasme intacte en continuant d’être challengé.

Ainsi, face à de nouveaux défis, vous êtes alors orientés vers l’action et débordants d’énergie. Et, de la même manière que vous aimez partager vos passions, vous aimez aussi transmettre cette énergie à vos collaborateurs.

#2 La curiosité et le goût d’apprendre

Combien de personnes peuvent garantir que leur métier existera toujours dans 20 ans ? Sortir de plusieurs années d’étude en pensant ne plus rien avoir à apprendre et pouvoir exercer un même métier toute sa vie, c’est se condamner à être rapidement dépassé dans les années à venir.

Au dicton populaire « la curiosité est un vilain défaut » s’oppose la citation d’Albert Einstein « Je n’ai pas de talent spécial. Je suis seulement passionnément curieux ». Et disons qu’entre un vieux dicton et les paroles d’un génie, le choix est vite fait ! (d’autant plus que dans le premier cas, c’est plutôt l’indiscrétion qui était visée).

Pour devenir bon stratège et visionnaire, cela demande de la curiosité et de l’imagination. La curiosité de s’intéresser au travail de vos collègues, de la concurrence, des sujets qu’ils traitent et des problèmes qu’ils rencontrent. L’imagination pour proposer des solutions innovantes, apporter une nouvelle approche et débloquer des situations.

Dans la vie, il y a bien des choses sur lesquelles personne n’a de réponse. Mais en contrepartie, les bons stratèges, eux, savent très bien poser des questions.

Cette curiosité insatiable et ce goût d’apprendre sans cesse sont des signes d’ouverture au changement. Cela démontre aussi que vous êtes prêts à essayer toute sorte d’approches nouvelles pour trouver des solutions.

#3 La rapidité d’apprentissage et la faculté d’apprendre dans l’action

L’accélération du changement, que celui-ci soit économique, technologique ou autre, exige d’apprendre rapidement pour vite être capable d’appliquer de nouvelles solutions.

Et, à force d’explorer de nouveaux sujets, vous êtes habitué à redevenir débutant et ce passage obligé ne vous fait plus peur. D’ailleurs, vous ne repartez jamais vraiment de zéro car vous utiliserez les compétences que vous avez acquises dans d’autres domaines.

De cela découle certaines facultés que vous pourrez mettre en avant :
  • Vous saisissez rapidement l’essentiel et les aspects fondamentaux d’une situation.
  • Vous pouvez apprendre dans l’action.
  • Vous êtes capables d’agir à contre-courant et de tracer de nouvelles voies.

#4 La polyvalence

Tout cela amène les multipotentiels à posséder une grande diversité de compétences.

Même si souvent vous avez tendance à sous-estimer votre savoir faire (le syndrome de l’imposteur, ça vous parle ? 😉), lorsque vous regardez votre parcours, le fait d’être polyvalent se révèle être un réel avantage.

D’autant plus que les startups, que la société met beaucoup en avant ces dernières années, n’ont pas de gros budgets pour la grande majorité. Elles ne peuvent donc pas se permettre d’engager trop de personnel. Elles ont alors besoin de profils pluridisciplinaires, capables de remplir un grand nombre de tâches diverses et variées.

Ainsi, il est très interessant pour elles d’avoir dans leur équipe une personne qui, par exemple, saura faire des photos de qualité de leurs produits, monter une vidéo promotionnelle, mettre en place et gérer un site internet, s’occuper de leur marketing et leur communication, etc…

Ou bien encore un développeur full-stack, ces véritables touche à tout du monde informatique, capables de coder dans plusieurs langages et d’intervenir dans toutes les étapes de la création d’un programme.

Faites le point sur vos compétences. Cela vous permettra de réaliser que votre parcours atypique de multipotentiel qui a changé mainte fois de métiers, peut être un réel atout pour une entreprise à taille humaine. Et pour vous, cela vous donnera la possibilité de répondre à un grand besoin de diversité.

#5 L’adaptabilité

Selon une enquête réalisée par Pôle Emploi, c’est la compétence la plus recherchée par les recruteurs, tous secteurs confondus. En effet,  64 % des recruteurs avancent la polyvalence et la capacité d’adaptation comme les premières qualités recherchées.

Cette grande souplesse vous rend capable de résoudre des situations difficiles et d’agir de façon différente en fonction des circonstances. Ceci demande une flexibilité d’approche, de ton et de style et la capacité de les adapter aux situations qui s’imposent.

Cette capacité de pouvoir piocher dans une vaste palette de compétences vous permet de pouvoir vous adapter aux besoins des clients, de vos collaborateurs et de l’entreprise.

#6 L’approche holistique et la capacité à faire des liens

La capacité de recul et de considérer chaque élément comme faisant parti d’un tout est un réel atout pour le travail. Cela vous permet d’anticiper les opportunités et les problèmes potentiels, d’analyser les informations et de garder une longueur d’avance.

Vous arrivez facilement à établir des liens entre des notions qui au départ ne semblaient pourtant pas en avoir. En quelque sorte, vous voyez « la forêt cachée par l’arbre ».

Votre mode de pensée en arborescence et cette faculté à faire des ponts entre vos passions vous amènent parfois à avoir des idées géniales en dehors des sentiers battus (décidément, c’est le jour des métaphores sylvestres !) que les spécialistes qui comprennent parfaitement un seul domaine, risquent de rater.

En effet, les multipotentiels décèlent rapidement des analogies entre les domaines, les personnes mais aussi les succès et les échecs en général.

Cette capacité à avoir une vision globale vous entraine, de par vos multiples connaissances, à facilement synthétiser des idées, à croiser des domaines pour en construire de nouveaux.

#7 La créativité

L’instruction et l’éducation reçues ainsi que la rigidité de certains emplois peuvent avoir un effet dévastateur sur la créativité.

Beaucoup de personnes ont ainsi appris très tôt à se restreindre, à adopter une vision étroite, à rester concentré, hésitant, prudent, conservateur, à craindre de faire des erreurs, à éviter tout embarras.

Pourtant, la créativité est un atout essentiel car la plupart des organisations ont besoin d’innover dans leurs produits et leurs services pour réussir.

Pour que l’innovation se développe, les organisations doivent créer un environnement propice à la créativité. Et cela commence par rassembler des groupes de personnes aux talents multiples qui travaillent en étroite collaboration pour échanger des connaissances, des idées et façonner l’avenir.

Mettez donc en avant cette créativité exacerbée dont vous faites preuve et le plaisir que vous prenez à partager vos idées !

#8 L’empathie

On parle souvent de cette hypersensibilité chez les multipotentiels et du fait que cela peut être difficile à vivre.

Ce qu’on oublie par contre facilement c’est que, derrière cette fragilité apparente se cachent de belles qualités humaines. Et l’empathie en fait partie.

Car être empathique, c’est avoir certaines compétences primordiales pour faire partie d’une équipe, d’un groupe :

  • savoir changer de perspective,
  • rester en dehors de tout jugement,
  • reconnaitre les émotions chez les autres,
  • et savoir le communiquer.

Cette tendance à créer facilement des connexions avec les gens, à vous intéresser à la nature humaine, à avoir une écoute hors du commun sont de réels atouts dans votre vie personnelle comme professionnelle. 

#9 L’autonomie

Avoir une large palette de compétences vous permet aussi d’être très autonome pour pouvoir mener à bien vos projets. Vous profitez d’ailleurs souvent de cette autonomie pour découvrir de nouveaux sujets et développer de nouvelles compétences.

Car l’autonomie ne consiste pas seulement à laisser les gens prendre leurs propres décisions et à faire des choses sans supervision ni instruction. Il faut aussi s’assurer que ces mêmes personnes ont les compétences qui leur permettront de tirer le meilleur parti de cette liberté.

Les entreprises sont friandes de personnes autonomes qui n’ont pas à être constamment surveillées, mais surtout, qui arrivent à modéliser leur propre chemin pour répondre à leurs objectifs.

#10 L’intégrité

L’intégrité se définit comme une valeur morale qui sert de référence et guide nos choix et nos actions. Elle suppose une notion d’honnêteté. Une personne intègre est un individu sur qui on peut compter, dont les choix de valeurs sont fiables et stables.

L’intégrité désigne aussi la capacité d’une personne à respecter ses engagements et ses principes, malgré des pressions contraires. La personne intègre accepte d’être tenue responsable de ses actes.

Lors de nos discussions avec des multipotentiels, ce point est ressorti régulièrement. Au point que certains ont préféré démissionner que de continuer à travailler dans des conditions qui leur donnaient le sentiment de mal faire, de ne pas assez faire ou de ne pas pouvoir faire selon leurs valeurs.

Car il est important pour vous de comprendre l’effet que peuvent avoir vos actions et comment vous êtes perçu. Cela vient sans doute de ce fort besoin de justice et de la grande importance que vous accordez aux valeurs.

Ce point est capital et constitue le minimum pour être membre d’une équipe. Il est donc important de le faire ressortir dans un entretien car il permettra d’évoquer votre besoin honnêteté et votre conscience professionnelle.

Pour conclure

Voici donc dix atouts d’un multipotentiel au travail que vous pourrez mettre en avant et certaines tournures de phrase pour en parler.

Évidemment, n’oubliez pas que vos propos doivent être illustrés par des anecdotes rapides. Ces éléments vont donner corps à votre réponse et aiguiser la curiosité de votre interlocuteur.

Pour préparer d’éventuels entretiens, nous vous conseillons de marquer sur une feuille au moins trois de ces atouts et des exemples de situation que vous avez vécues qui les illustreront. Le but étant de pouvoir relire ces notes avant un entretien pour que tout cela soit intégré et vienne naturellement.

À vous !

Et vous ? Vous reconnaissez-vous dans cette liste ? Quel atouts mettez-vous en avant lors d’un entretien ? D’un pitch ? Comment vous sentez-vous lorsque vous devez parler de vos points forts ?

Venez partager avec nous dans le groupe de discussion vos réponses et anecdotes !

La mémoire chez les multipotentiels

Cet article a été écrit suite à une question posée par une lectrice :  «  Je suis frustrée de ne pas retenir toutes les infos que j’ingurgite. J’ai l’impression d’avoir la culture générale d’une huitre alors qu’avec tout ce que je lis je pourrais briller en société ! Est-ce que c’est quelque chose que vous vivez aussi et qui peut être courant chez les multipotentiels ? »

Vous avez déjà vécu ce moment ?

Vous lisez un livre ou regardez une vidéo, relevez des passages qui ont un sens pour vous, et vous vous dites : «Il y a tellement d’idées géniales ! Il faudra que je me rappelle de ça. »

Et, pour une raison ou une autre, vous ne prenez pas de notes.

Peut-être oubliez-vous, peut-être passez-vous immédiatement à un autre livre ou une autre vidéo, ou peut-être l’aviez-vous prévu, mais vous êtes pris dans les urgences du quotidien.

Et au fil du temps, ces passages qui étaient si importants pour vous sont oubliés et ne seront sans doute plus jamais revus…

Cette scène, je l’ai vécu pendant des années. Je lisais un livre, regardais une vidéo, écoutais un podcast, je me sentais enthousiasmé par une nouvelle idée que j’avais croisée et je me disais que je m’en rappellerai plus tard. Peut-être même que je planifiais d’écrire quelques notes mais je ne le faisais jamais.

Pire encore : à de nombreuses reprises, je me souvenais d’une citation ou d’une idée spécifique que je savais utile à ce moment précis mais j’étais incapable de dire qui l’avait dit, où je l’avais vu et de la formuler de manière exacte. J’avais l’impression de ne retenir qu’une infime fraction de l’énorme quantité d’information que j’avais ingurgitée et c’était incroyablement frustrant.

Dans ces moments là, nous avons tendance à nous demander si notre mémoire fonctionne bien ou si elle n’aurait pas tendance à saturer. Si nous nous y prenons vraiment bien pour apprendre et retenir tout ce que nous voyons.

Alors ce que je vous propose dans cet article, c’est d’analyser comment diminuer cette frustration qui peut être terrible pour une personne multipotentielle et donc extrêmement curieuse et gourmande d’informations.

Mais avant ça, il serait utile de parler de la mémoire et de son fonctionnement, et vous verrez, c’est passionnant !

Kmeo multipotentiel cerveau

Les différents types de mémoire

On distingue deux principales catégories de mémoire : celle à court terme et celle à long terme.

  • La mémoire à court terme (dite mémoire transitoire) : elle s’occupe de retenir l’information en cours de traitement, donc l’information du présent. Ce stockage est limité mais la vitesse d’écriture et de lecture est rapide (on pourrait comparer ça à la mémoire vive d’un ordinateur aussi appelée RAM). La mémoire de travail ou mémoire immédiate est un modèle du fonctionnement de cette mémoire à court terme et permet de retenir et manipuler plusieurs informations pendant 18 secondes.
  • La mémoire à long terme (les mémoires permanentes) : c’est un système de stockage à capacité indéfinie, théoriquement illimitée, et dans lequel l’information est détenue de façon durable. On y distingue deux grandes catégories :
    • La mémoire explicite, s’occupe de la mémorisation d’informations que nous pouvons exprimer (oralement, à l’écrit..). Elle correspond aussi à une mémoire dite consciente. Elle comprend :
      • la mémoire sémantique : mémoire du savoir en charge des connaissances de notre propre histoire personnelle, de la culture en générale, de nos connaissances actuelles sur le monde, des définitions, de concepts, etc..
      • la mémoire épisodique : liée à l’affect, aux souvenirs, événements vécus et leur contexte (date, lieu, état émotionnel).
    • La mémoire implicite, aussi appelée affective, inconsciente ou mémoire procédurale est celle des automatismes et des habilités acquises (faire du vélo, conduire, nager) et que l’on reproduit inconsciemment.

Cette classification n’est pas unique, et certains parlent d’autres types de mémoire : la mémoire sensorielle (liée aux 5 sens), la mémoire cellulaire (l’épigénétique dont on parle de plus en plus), la mémoire émotionnelle, la mémoire familiale…

Mais revenons à notre profil multipotentiel et plus particulièrement à son hypersensibilité et le lien avec les différents types de mémoire.

Lorsque vous découvrez une information que vous souhaitez mémoriser, comment vous sentez-vous ? Totalement zen et détendu ou dans une forme d’enthousiasme et d’excitation plus ou moins forte ?

Vous vous demandez peut être ce que ce paramètre vient faire dans la mémoire ?

En fait ce qu’il faut savoir c’est que lors d’un processus de mémorisation, l’émotion prend bien souvent le pas sur l’information, jusqu’à rendre celle-ci trouble. Nous nous souvenons plus de l’émotion (que nous avons bien évidemment envie de partager car cela nous a fait cet effet « waouh ») liée à la découverte de l’information, que de l’information elle-même. Même si ceci n’est pas une règle gravée dans le marbre, c’est l’un des nombreux fonctionnement de la mémoire remarqué en neuro-science. Et si l’on prend en compte l’émotivité, voir l’hyper-émotivité des profils multipotentiels, on comprend vite pour quelle raison notre mémoire peut paraître trouble.

« Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme »

Le principe d’Antoine Lavoisier en chimie pourrait sans doute bien s’appliquer aussi à la mémoire. Les informations ne se perdent jamais, elles sont stockées ou amenées à évoluer. Mais elle sont bien là, quelque part en nous. C’est d’ailleurs le travail qui s’effectue en hypnose, décodage biologique, déprogrammation cellulaire… On va chercher les mémoires engravées pour les (re)travailler à but thérapeutique.

Il ne faut pas oublier que dans la grande majorité des cas, les personnes au profil multipotentiel ont une réflexion associative, un esprit en arborescence très rapide. Ce profil est d’ailleurs aussi appelé « scanner ». Scanner, emmagasiner de grande quantité d’informations, faire des liens d’une connaissance à l’autre est typique de ce profil.

Bien souvent lorsqu’une information est apprise, elle est quasi immédiatement mise en lien avec la banque de données déjà existante. Elle permet souvent d’en comprendre une seconde, d’en faire avancer une autre…  Alors, l’information initiale A est peut-être devenue une information E en quelques secondes car elle a été amenée à évoluer bien des fois au cours de la réflexion. Et la donnée A initiale a été sans doute un peu oubliée en chemin…

Kmeo multipotentiel infuse

Au final, comment éviter cette frustration de ne pas tout retenir quand on est multipotentiel ?

Soyez indulgent envers vous-même !

En tant que multipotentiel, nous partageons tous cette curiosité et cet amour d’apprendre sur une grande variété de sujets. Et c’est cette curiosité insatiable qui nous amène à explorer de nombreux contenus.

Mais, même en travaillant sa mémoire, il est impossible de retenir cette énorme quantité d’information.

Bon, je sais bien que cet article sur les 10 choses à savoir sur les manchots empereurs était intéressant, ou encore que cette vidéo qui montrait la différence de sonorité entre des pianos qui vont de 600$ à 363 000$ vous a appris plein de choses. Mais soyons honnêtes, pensez-vous que retenir tout cela vous aidera dans votre quotidien ?

Au moment où nous avons vu ces informations, nous les avons sans doute trouver passionnantes. Mais devons-nous pour autant absolument toutes les retenir ?

Alors évidemment, quand en soirée vos amis parleront nature, vous auriez aimé épater la galerie en leur racontant que les manchots empereurs sont capables de plonger plus profondément et plus longtemps que n’importe quelle autre espèce d’oiseau. Et quand votre mère voudra vous offrir un piano pour Noël vous auriez aimé pouvoir lui dire directement lequel choisir. Mais ce n’est pas si grave si vous ne vous pouvez pas vous rappeler de tout ce que vous ingurgitez !

Ce n’est pas tant l’information en elle-même qui est importante, c’est ce qu’elle procure chez nous. Elle vient souvent ricocher sur quelque chose que nous sommes en train de travailler.

Elle peut aussi simplement servir à nous inspirer, nous motiver, nous émouvoir.

La retenir sur le long terme nous demanderait de passer par tout un processus d’apprentissage ou d’utiliser des techniques de mémorisation que nous ne sommes sans doute pas prêt à faire pour chaque chose intéressante que nous croisons.

Dans tous les cas, soyez indulgent envers vous-même et dites-vous que vous pouvez toujours revenir au contenu pour mémoriser l’information si cela s’avère nécessaire.

Laissez infuser…

Stéphanie passe souvent par des périodes où elle visionne deux à trois conférences par jour. Ses amis lui ont un jour demandé : « Mais t’en fais quoi de toute ces infos ? Tu t’en souviens ? ». Ce à quoi elle a répondu :  « Eh bien non ! Pas toujours, mais c’est comme du thé, elles infusent, elles sont entrain de se déposer, ou plutôt de prendre racine ».

Plus tard, lorsque l’information est « digérée », intégrée, elle la ressortira avec ses propres mots. En faisant le lien avec d’autres infos, elle sera enfin capable de l’exprimer correctement sans frustration.

Elle a pendant longtemps souffert de ce « manque de mémoire », pour finalement lâcher prise sur le sujet. En effet, elle a décidé de faire confiance à son esprit et de partir du principe qu’il ne s’agit pas d’ingurgiter des informations de façon toujours consciente, mais bien souvent de façon inconsciente. La mémoire s’active lorsqu’il y a une amorce ou un besoin, un sujet qui lui permet de faire un lien et d’aller chercher une donnée qui semblait être oubliée. Et souvent cela l’amène à faire des liens sur des choses qui, à première vue, semblaient non reliées.

Ce processus prend du temps (comme une infusion de thé), et nécessite parfois de réentendre une même information plusieurs fois de façons différentes. Et finalement, n’est-ce pas tout le travail des paraphrases ? Dire la même chose différemment, tout en permettant à chacun de comprendre l’information avec les mots qui lui parlent.

C’est une autre forme d’apprentissage. Et il ne faut pas négliger le besoin de compréhension, de sens auquel le profil du multipotentiel est souvent confronté. C’est ce qui lui permettra l’intégration et la mémorisation de l’information.

Il faut aussi se rendre compte que c’est une énorme chance, car nous brassons énormément de sujets. Nous avons souvent des connaissances très vastes dans de nombreux domaines. Et très souvent, nous faisons des liens entre eux, ce qui nous permet de mémoriser les choses et de mieux les comprendre. 

« Je ne sais pas mais nous allons le découvrir ensemble »

« Excusez-moi, je voudrais savoir quel type de carte mémoire est compatible avec le drone que vous vendez là-bas ? »

« Bien sûr, je vais vous renseigner. Je n’ai pas la réponse à votre question mais je vous propose qu’on le découvre ensemble ! »

Cette technique nous a été très utile avec Stéphanie dans notre précédente expérience professionnelle. C’est en effet un réel soulagement de pouvoir dire « Je ne sais pas, mais nous allons le découvrir ensemble » et de dédramatiser ce « manque de connaissance »..

Nous ne pouvons pas tout savoir (personne ne nous le demande d’ailleurs). La rencontre avec l’autre ouvre de nouvelles opportunités sur de nouveaux sujets, et nous permet de découvrir par le biais de questions et de recherches de nouveaux savoirs. Plutôt que de se sentir tel un imposteur qui n’a pas la réponse immédiatement, un bon positionnement auprès de votre interlocuteur vous permettra de garder votre sang-froid.

Si vous êtes pris au dépourvu, exprimez émotionnellement ce que vous ressentez : « Vous me prenez de cours. Laissez moi 5 minutes et je vous retrouve l’information »

L’apprentissage par la pratique et les bonnes habitudes à avoir pour optimiser sa mémoire

De la même manière que vous pourriez lire un livre sur « comment jouer de la guitare », vous apprendrez réellement à jouer de cet instrument quand vous serez passé à la pratique. Et il en va de même dans bien d’autres domaines.

Vous voulez retenir plus rapidement et accélérer votre apprentissage ? Mettez en pratique et apprenez des résultats.

Ne vous attendez pas à retenir et à réussir la pratique au premier essai. Plusieurs études démontrent que c’est au deuxième ou troisième essai que l’on commence à comprendre la dynamique sous-jacente des choses. Pour apprendre, faites des essais de courte durée et accélérer le retour d’information. Plus les cycles seront fréquents, plus vous augmenterez vos chances d’apprendre et donc de retenir. Si nous accomplissons une action modeste chaque jour pendant trois jours, au lieu de réaliser une seule action d’envergure pendant trois jours, nous triplons les possibilités d’apprendre et augmentons d’autant nos chances de nous approprier l’idée. Soyez plus enclins à expérimenter.

Avec internet, on ne fait plus l’effort de retenir les choses. Pourtant, dans certains cas, il est important de pouvoir s’appuyer sur des éléments tangibles fournis par la mémoire : en entretien, dans une argumentation, une présentation, …

Ayant dorénavant peu besoin de mémoriser, il semble parfois que nous ayons oublié comment le faire et surtout que nous ayons quelques mauvaises habitudes qui ont un impact négatif sur la mémoire.

Pour consolider les souvenirs et optimiser sa mémoire, il y a certaines bonnes pratiques à avoir :

  • Dormir suffisamment car c’est pendant notre sommeil que le trieur hippocampe s’active, ordonnant ce qui mérite d’être conservé et supprimant le superflu. Le sommeil sélectionne et grave les souvenirs.
  • Prendre le temps de s’ennuyer pour que notre cerveau puisse activer le « réseau mode par défaut » popularisé par Francis Eustache. Quand nous rêvassons, notre cerveau est en état d’attention diffuse, ni concentré ni endormi. Durant cette période il consolide les souvenirs, il les sculpte. Or ce mode inactif est menacé d’extinction car sapé par les sollicitations addictives de nos smartphones.
  • Développer sa réserve cognitive pour lutter contre les effets délétères de l’âge : c’est le capital intellectuel, le fait d’aimer apprendre et de côtoyer des personnes qui aiment aussi apprendre. Il ne s’agit pas d’être tout seul avec sa connaissance, mais d’être dans des réseaux vertueux.

En résumé

  • Bien connaître les types de mémoire et leur fonctionnement est un premier pas indispensable afin de savoir comment mieux la travailler et faire face à cette frustration de ne pas tout retenir.
  • Ne soyez pas trop dur avec vous-même. Avec une curiosité aussi débordante, il est impossible de tout retenir et c’est souvent ce que l’information procure chez nous qui est important.
  • Armez-vous de patience et laissez-vous le temps de bien digérer l’information, de la réécouter sous différentes formes pour enfin la ressortir avec vos propres mots.
  • Quand quelqu’un vous demande une information que vous n’avez plus en tête, un bon positionnement vous permettra de ne pas vous sentir en imposteur et de vous laisser le temps de rechercher la réponse.
  • Rien de mieux que de mettre en pratique pour assimiler l’information et de suivre certaines bonnes habitudes.

Pour aller plus loin sur le sujet de la mémoire, je vous invite grandement à lire le numéro du Point consacrée à la mémoire et à regarder la conférence Ted de Joshua Foer sur ce même sujet.

À vous !

Et vous ? Avez-vous déjà ressenti cette frustration de ne plus vous rappeler d’une information pourtant si intéressante ? Quelles sont vos méthodes pour y faire face ? Quelles sont celles que vous utilisez pour mieux retenir ?
Racontez-nous en commentaires ou dans le groupe de discussion Facebook vos ressentis et anecdotes !

L’ennui : malédiction des multipotentiels ?

« C’est toujours la même histoire.
Je suis extrêmement curieux et aime apprendre dans de nombreux domaines différents : de la musique à la mécanique quantique, de l’informatique en passant par le marketing ou le dessin. J’en ai passé de longues heures à m’investir à fond sur des sujets. Certains sont même devenus des métiers que j’ai exercé avec passion et succès. Mais au final, c’est toujours la même histoire. Au bout d’un moment, j’ai le sentiment d’en avoir fait le tour, de stagner, et je finis par me lasser … encore et toujours. Je me sens pris au piège du cercle vicieux de l’ennui. Et je sais que petit à petit, peu importe ce que je choisirai, je me dirigerai vers lui, telle une malédiction dont il m’est impossible de me défaire… »

Bon ok, j’ai peut-être un peu romancé mais vous voyez où je veux en venir !

Ce discours, on se l’est tous plus ou moins répété. Et nous sommes d’accord pour dire que l’ennui semble inévitable chez nous. Et pourtant, malgré ce que l’on pense, il n’est pas nécessaire de le vivre à chaque fois comme une souffrance.

Alors ce que je vous propose dans cet article, c’est d’analyser l’ennui et notre comportement face à lui :

  • Dans le présent, quand la routine s’est installée.
  • Celui que nous redoutons plus tard et qui nous empêche d’envisager sereinement de nouveaux projets.
  • De voir le regard qu’à la société en général sur lui.
  • De le considérer comme un réveil.
  • Ou comme un moment créatif.
Kmeo routine multipotentiel

La routine, notre ennemi juré

Refaire sans cesse les mêmes choses, travailler dans le même lieu, voir toujours les mêmes personnes, évoluer dans un seul univers professionnel, aller d’habitude en habitude, vous plongent dans un ennui et une apathie mortifères qui anéantissent très rapidement votre enthousiasme légendaire.
– extrait du livre « Profession Slasheur » de Marielle Barbe, Coach / Formatrice / Consulatante / Conférencière / Auteure

Il suffit de voir la définition de la routine pour s’apercevoir qu’elle est incompatible avec une vie de multipotentiel épanouie : ensemble bien établi d’habitudes qui crée un état d’apathie, une absence d’innovation.
Pour nous, se sentir challengé et développer ses compétences est bien plus important que la sécurité d’un emploi. Et il n’est pas imaginable de continuer si la routine s’est installée. Il est alors temps de briser celle-ci et de changer de direction.

Mais ce changement entraine inéluctablement des réactions autour de nous :
  • « C’est dommage, tu commençais à avoir un bon niveau, une carrière et maintenant tu veux changer ? »

L’annonce d’un changement d’activité se fait rarement sans douleur. Il vous faut expliquer à vos proches qu’après toutes ces années de dur labeur, vous avez pris la décision de changer de voie car vous avez fait le tour et que vous n’appreniez plus rien. Et pourtant, le fait d’avoir une possibilité de carrière ou du potentiel dans un domaine ne sont pas des raisons suffisantes pour garder toute notre vie un même métier qui nous ennuie.

  • « C’est juste la vision que tu as sur ton travail, regarde moi, je fais le même métier depuis 30 ans et je trouve toujours de nouveaux challenges à relever. »

C’est la discussion que j’ai eu récemment avec mon dentiste (oui car je ne vais pas là-bas uniquement pour qu’il me fasse souffrir, mais également pour avoir d’intéressantes discussions !). Selon lui, son métier lui apporte sans cesse de nouveaux challenges (là en l’occurence c’était moi malheureusement). Il y a toujours de nouvelles choses à découvrir et il suffit de garder l’esprit ouvert. Vision tout à fait respectable si l’on se place du point de vue d’un spécialiste, mais tous les métiers ne sont pas quotidiennement challengeant et il n’est pour nous pas très intéressant de persévérer quand la courbe d’apprentissage ralentit drastiquement.

Et le doute peut alors s’installer en nous :

  • « Peut-être c’est moi le problème et je suis juste trop paresseux pour persévérer. Est-ce que j’abandonne trop facilement ? »
Changer d’activité génère souvent de la culpabilité, la honte de s’être encore trompé ou le sentiment d’abandonner. Pourtant, comme nous vous en parlions dans l’épisode 9 du podcast, le fonctionnement d’un multipotentiel implique un changement fréquent de direction et bien souvent le fait de travailler sur plusieurs projets à la fois. Il ne faut pas rougir de cela et accepter que nos activités doivent répondre à nos propres besoins : nouveauté, découverte, diversité…
  • « J’ai l’impression que je vais me lasser de tout. Et on dit souvent que seuls les gens ennuyeux s’ennuient. »

Vraiment ? Il y a sans doute des domaines que vous avez simplement mis en pause. D’autres que vous n’avez jamais réellement abandonné. Et au risque de choquer certains, je n’ai jamais rencontré de multipotentiel ennuyeux, pour la simple et bonne raison que nous avons toujours quelque chose à partager.

Vous l’aurez compris, l’ennui pour nous est synonyme d’instant désagréable car il nous force à faire face aux autres et à nous-même et à affirmer notre besoin de changement. Ce qui nous amène au prochain point : ces moments où nous redoutons l’ennui avant même qu’il n’arrive…

Kmeo multipotentiel ennui futur

La peur d’un futur ennui

« Ce qui ne me passionne pas m’ennuie. » 
Sacha Guitry, dramaturge, acteur, metteur en scène, réalisateur et scénariste français

Il est fréquent que nous ayons peur de commencer un nouvelle activité uniquement car nous redoutons de nous lasser plus tard. Et à trop vouloir anticiper l’ennui on finit par ne plus oser passer à l’action. Par dépit, il arrive alors que nous gardions une situation qui ne nous convienne plus pendant longtemps.

Soyons honnêtes, qui d’entre nous ne s’est jamais dit avant d’envisager un nouveau projet :

  • « Ça me parait vraiment intéressant mais je vais finir par me lasser car au bout d’un moment ça ne sera plus nouveau pour moi. »

Il n’est pas impossible de répondre à un besoin de nouveauté et de challenge en approfondissant certains sujets. Certains sont si vastes, qu’ils vous garderont en haleine plus que d’autres. D’ailleurs, je suis certains que vous creusez des domaines depuis longtemps mais que vous n’avez toujours pas cette sensation de stagner. Aussi, nous ne sommes pas non plus obligés de devoir abandonner complètement une activité pour en attaquer une nouvelle.

  • « Que vais-je dire à mes proches quand je m’ennuierai à nouveau ? »

Nous accordons une grande importance au regard des autres. Et cela nous fait douter de nous, de nos choix et de notre stabilité. On perd alors confiance en notre faculté de trouver une activité qui nous épanouisse et qui ne finira pas par nous ennuyer. On se l’est d’ailleurs prouvé tellement de fois. Pourquoi cette fois-ci serait-elle différente des autres ?

Prenez conscience qu’il n’y a pas qu’UNE SEULE façon de fonctionner. Qu’il est tout à fait possible, avec un peu d’organisation, de vivre une vie épanouie tout en ayant plusieurs activités. Vous en avez d’ailleurs de nombreux exemples dans le podcast ! Si vous n’en êtes pas vous-même convaincu, comment êtes-vous supposé en parler aux autres ?

De manière générale, ne laissez pas l’anticipation d’un ennui futur vous empêcher de profiter de nouvelles expériences et de l’instant présent. Dédramatisons ce moment que nous redoutons tant pour nous concentrer plutôt sur ce que peut nous apporter cette nouvelle expérience : de nouvelles rencontres, de nouvelles compétences, un réel enrichissement personnel. Prenez ce qu’il y a à prendre et même si un jour il est possible que vous vous ennuyez, faites-vous confiance pour trouver une solution à ce moment-là.

Quoi qu’il en soit, le regard de la société sur l’ennui ne nous facilite pas la tâche, c’est ce que nous aborderons dans le prochain chapitre.

Kmeo je suis trop occupe

L’ociofobia : la phobie du temps libre

« Certains sont prêts à faire n’importe quoi, sauf à vivre ici et maintenant. »
John Lennon, musicien, guitariste, auteur-compositeur, chanteur et écrivain britannique.

Dans une société matérialiste, les biens matériels sont un moyen d’accéder au succès et au bonheur et donc « plus on a de choses, plus on est heureux ». De la même manière, les gens ont aussi tendance à croire que « plus on en fait, plus on est important ». Et le résultat est qu’une des grandes manies de notre époque, est de vouloir « toujours être occupé ». De là découle la sensation de ne jamais avoir de pause, de temps pour soi, de toujours être fatigué, et que cela n’est qu’une conséquence inévitable de la vie.

Il est vrai qu’il peut être difficile de jongler entre le travail, les enfants et la vie en général, mais une grande partie de ce sentiment d’être dépassé est souvent de notre propre faute.

La croyance populaire veut que nous ne nous ennuyons pas une seule minute de la journée. Et pourtant, il y a bien des fois où l’ennui est inévitable : lorsque nous sommes coincés dans les embouteillages, dans une file d’attente, dans certaines réunions, avec des gens que nous n’apprécions pas vraiment… Le souci est qu’aujourd’hui, nous n’acceptons plus de nous ennuyer. Par conséquent, dès que nous avons une pause, nous ressentons le besoin de prendre nos smartphones et de lancer des oiseaux sur des cochons verts, d’associer des bonbons de couleur, ou bien de faire défiler machinalement le fil d’actualité de nos réseaux sociaux.

Pour éviter ces moments où nous pouvons finalement mettre notre cerveau en pause, nous cédons donc à des stimulations externes.

Pourtant, il faut reconnaitre qu’il y a des avantages à réfléchir quoi faire de soi-même quand il ne se passe rien.
Quand nous n’avons pas à interagir avec qui que ce soit, nous avons alors l’opportunité de penser. Cette pensée peut être de se rappeler d’évènements, d’imaginer quelque chose que nous voudrions voir arriver ou de trouver une solution que l’on n’a pas encore trouvé à un problème.

Être ennuyé « comme il faut », ce n’est pas de rester assis sans rien faire mais de trouver des moyens d’utiliser sa capacité à imaginer et réfléchir.

Ce qui nous donne ce sentiment de toujours occupé, c’est que nous ne sommes jamais en train de ne rien faire. Les éléments extérieurs sont constamment en train de nous dicter ce que l’on pense et ce que l’on fait. De plus, on exacerbe cette situation en créant nous-même d’autres opportunités pour être diriger par des choses extérieures. Une partie de cette sur-occupation est donc de notre propre faute. Nous devons prendre du recul et nous autoriser à réfléchir sur ce qu’il se passe. Nous ne pouvons pas nous détendre en rentrant et en regardant la télévision par exemple car nous sommes toujours en train de répondre à quelque chose qui est devant nous. En revanche, lorsque nous lisons ou marchons, c’est nous qui sommes au contrôle du timing et de l’intensité.

En prenant le temps de réfléchir et de faire le point, nous créons des opportunités de pleine conscience. Nous pouvons alors choisir nous-même comment passer ce temps.

Ce sont des opportunités à saisir, pas des moments à programmer dans notre agenda. Nous pouvons par exemple profiter d’avoir à attendre dans une file d’attente ou d’être en train de marcher pour générer des pensées pour nous. Il n’est pas besoin de faire une marche de 2 heures. Il suffit de faire le tour du pâté de maison et d’observer : qui est dans la rue, qui joue là-bas et profiter d’être à l’abris de toutes les sollicitations extérieures.

À ce moment, nous pouvons alors nous rappeler ce que ça fait de réfléchir lentement.

Car nous réagissons rapidement à beaucoup de choses dans notre vie : vidéos, réseaux sociaux, discussions, emails… Pourtant, il est primordial de prendre le temps pour délibérer à propos des points clés de notre vie et ces choses là prennent du temps. Le fait de réagir vite n’est pas toujours la meilleure manière de fonctionner, surtout pour des choses qui prennent du temps à analyser. Il est nécessaire de s’entrainer à faire ça de manière régulière. De ralentir et d’autoriser nos pensées à se développer et de voir où elles vont. De comprendre comment sa propre pensée fonctionne.

Ressentir l’ennui, c’est donc ressentir l’instant présent. Ne restons pas coincés dans un mode de fonctionnement automatique où de mauvaises pensées peuvent nous donner une fausse image de nous-même. Prenons le temps de sortir la tête du guidon, de prendre du recul sur les choses. Nous risquerions sinon d’être embarqués dans ce flot continue d’informations et de stimulations et de nous perdre en chemin. Profitons finalement de ce silence dans notre tête.

Un réveil annonçant le besoin de remettre du sens dans nos activités

« Le plus grand ennui c’est d’exister sans vivre. »
Victor Hugo, poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français

Selon une étude réalisée en 2011, l’ennui peut inciter les gens à être altruistes, empathiques et à se livrer à des tâches désintéressées telles que donner à des œuvres de bienfaisance, faire du bénévolat ou même faire un don du sang. L’ennui est souvent associé à un manque de signification dans sa vie et faire une bonne action peut nous aider à sentir que la vie a encore du sens.

Il peut aussi nous aider à être plus productif. Selon Andreas Elpidorou, professeur adjoint de philosophie à l’Université de Louisville aux États-Unis, qui a passé des années à étudier le sujet, « l’ennui aide à rétablir l’impression que nos activités ont réellement du sens.». Il peut donc nous aider à nous motiver pour terminer des projets. «En l’absence d’ennui, on resterait enfermé dans des situations peu satisfaisantes et on manquerait de nombreuses expériences émotionnelles, cognitives et socialement enrichissantes», explique Elphidorou. «L’ennui est à la fois un avertissement que nous ne faisons pas ce que nous voulons et une « poussée » qui nous motive à changer d’objectif et de projet.»

C’est une émotion qui a donc beaucoup de conséquences et nous sert de réveil pour nous avertir que ce que nous faisons à l’heure actuelle n’est plus en phase avec nos besoins. Mais si l’ennui est un réveil, comment sommes-nous supposés l’entendre à coté de toutes ces distractions ? Autorisons-nous à être ennuyés, à ne pas vérifier de suite nos emails, à ne pas regarder de suite nos comptes Facebook ou Twitter …

Kmeo moment creatif multipotentiel

L’ennui, moment créatif par excellence

« L’ennui fait le fond de la vie, c’est l’ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l’amour. »
Miguel de Unamuno, Poète, romancier, dramaturge, critique littéraire et philosophe espagnol

La rêverie permet au cerveau de casser les routines et les schémas de pensée de la vie quotidienne. C’est dans ces moments que le « réseau du mode par défaut« , une récente découverte faite à partir d’imagerie cérébrale, s’active et que nous reconstruisons nos souvenirs autobiographiques, élaborons des scénarios mentaux plausibles ou fantaisistes qui forgent nos convictions et notre identité, tout en stimulant notre créativité.

En sondant notre subconscient, notre cerveau utilise, développe et renforce des connexions abstraites sur lesquelles nous ne comptons pas beaucoup lors de processus de pensée réguliers et logiques. L’utilisation de ces connexions neuronales améliore les voies de communication entre les différentes zones de notre cerveau.

Une communication plus efficace entre les cellules du cerveau signifie plus de capacités cognitives.

Le fait que les réseaux neuronaux se développent et se diversifient pendant les périodes d’ennui suggère que les êtres humains sont câblés pour créer, concevoir, imaginer, inventer et développer de nouvelles pensées, idées, histoires…

Lorsque nous nous ennuyons, nous sommes obligés d’utiliser notre esprit pour fournir la stimulation manquante à notre cerveau et c’est à ce moment que les idées créatives et l’exploration peuvent se produire plus facilement.

En résumé

  • Ces cycles d’interêt, passion puis ennui sont typiques des multipotentiels et il est tout à fait possible de les vivre sereinement.
  • À trop vouloir anticiper l’ennui, nous pourrions passer à côté de belles expériences.
  • Ne suivons pas la tendance de ne jamais vouloir être ennuyé mais profitons de ces instants pour sortir du mode « pilotage automatique ».
  • Même si le sentiment de s’ennuyer n’est pas toujours agréable, il a de nombreuses vertueux qu’il ne faut pas ignorer.
  • Si vous manquez de créativité ces derniers temps, peut-être que vous ne vous laissez pas la chance d’être suffisamment ennuyé !

À vous !

Et vous ? Quelle est votre réaction face à l’ennui ? L’acceptez-vous ? En avez-vous peur ?
Racontez-nous en commentaires ou dans le groupe de discussion Facebook vos ressentis et anecdotes.

Ep 10 – J’ai mon passeport de multipotentiel – Jordane Zangueneh

Notes de l’épisode – notre invité : Jordane Zangueneh

Pour cet épisode, nous sommes ravis d’avoir pu nous entretenir avec Jordane Zangueneh, que nous souhaitions interviewer depuis bien longtemps. Coach spécialisé dans la reconversion professionnelle, vous le connaissez peut être pour ses vidéos sur Youtube sur  la multipotentialité et l’entreprenariat. C’est avec grand plaisir qu’il s’est prêté au jeu de l’interview pour témoigner sur son parcours de multipotentiel.

Sa jeunesse et son parcours scolaire

« J’ai toujours eu l’impression d’être incompris, d’avancer dans la vie en ayant l’impression d’être différent des autres, d’avoir des choses au fond de toi que tu arrives pas à éclaircir ou à mettre des mots dessus… »

Déjà tout jeune, Jordane a eu le grand besoin de s’amuser, de découvrir perpétuellement, d’être toujours occupé et une hypersensibilité très présente. Ce sont des traits qui le place un peu à l’écart de ses camarades durant son parcours scolaire. Il décrit très bien ce moment que nous connaissons tous en tant que multipotentiel : celui de devoir « choisir » sa spécialisation et son futur métier. Le fait que les autres aient des objectifs de carrières très clairs et visiblement tout tracés a renforcé ce sentiment d’anormalité, d’être dans le brouillard, sans objectif à l’horizon. Cependant, après avoir flotté de filière en filière, il découvre un cours sur « la conduite du changement » et se passionne pour ce sujet qui lui permettra d’être pluridisciplinaire et dans la diversité.

L’importance de connaître ses besoins

« Le truc c’est qu’il est important et même crucial pour faire des choix de savoir quels besoins il est nécessaire d’assouvir. Ce ne sont pas nécessairement des besoins de la pyramide de Maslow, mais plus des besoins qui caractérisent vraiment notre fonctionnement interne […] en terme de fonctionnement : le besoin de bouger, de changer d’environnement, de théoriser des concepts en les expliquant etc… Ce sont des besoins spécifiques à ma personne. »

La peur de l’inaction amène souvent à faire plusieurs choses en même temps, de peur de se lasser et finir par finalement se faire prendre par une spirale de distraction. Le fait de se connaitre permet d’appréhender et mieux apprivoiser ces instants. Il est primordial de connaitre son rythme et ses besoins pour pouvoir mieux se respecter et faire de cette multipotentialité une véritable alliée.

Sa multipotentialité et son travail de recherche sur le sujet

«Multipotentiel est un terme qui regroupe une multitude de personnalités, de schémas de comportement, de modes de fonctionnement. On ne veut pas mettre des gens dans des cases, mais c’est comme si on