Imaginez…

Un midi en plein mois d’août, dans le sud de la France. Le soleil est brûlant dans un ciel d’un bleu immaculé. Les cigales chantent, des oliviers et des chênes se disputent l’horizon et fournissent une ombre âprement recherchée. Le melon est servi, les verres de rosé circulent, la famille est là.

Bref si le paradis existe il doit quelque part ressembler un petit peu à ça. Vous discutez de tout et de rien, circulant nonchalamment entre les personnes présentes. Ah tiens, voici le nouveau chéri de ma cousine Nathalie! Le pauvre, il doit être perdu, on va aller l’aider il a l’air sympa en plus !

Pour ceux d’entre vous qui ont des familles nombreuses, vous connaissez le désarroi de quelqu’un de nouveau étant présenté pour la première fois à tout le monde. Pour ceux qui n’ont pas de famille nombreuse, imaginez-vous arriver au mariage d’un couple d’ami où vous devez essayer de comprendre l’arbre généalogique et les liens de parenté entre 50 personnes que vous n’avez jamais vues avant.

C’est… impressionnant, déstabilisant, et si vous êtes un peu introverti, un cauchemar éveillé.

Bref, je vais donc voir ce nouvel arrivant, pour essayer de faciliter cette entrée dans la famille (et un peu par curiosité aussi). On échange quelques banalités, on rigole bien, il est sympa ce Guillaume !

Enfin, je le trouvais sympa, jusqu’à ce qu’il sorte LA phrase que je redoute tant :

“Et toi, tu fais quoi dans la vie ?”

 

Mon enfer personnel

Blanc, flottement, silence, pendant que dans ma tête se bousculent des dizaines de réponses potentielles pour déterminer celle qui entraînera l’effet escompté. Ou le moins d’effets secondaires indésirables !

Cette question qui me fatigue d’avance lorsque je dois participer à un événement “mondain”.

Pour les rencontres professionnelles, c’est souvent plus simple. On est dans un cadre, on sort l’étiquette – oups pardon, la carte de visite – appropriée au contexte, on prend la posture adéquate et on est partis ! Mais quand c’est lors d’un repas de famille, d’une rencontre avec des inconnus, une discussion autour d’un apéro, ça devient d’un coup plus compliqué d’assumer nos multiples casquettes.

Qu’est-ce que je peux bien lui répondre à Guillaume à ce moment là ?

Qui suis-je ? Qu’est-ce que je fais dans la vie ? Et toi, d’abord, t’es qui toi ?

Quelle identité te semblera la plus en adéquation avec mon apparence et notre contexte aujourd’hui ? Mère de famille ? Expatriée ? Chef d’entreprise ? Freelance ? Salariée d’une multinationale ? Comment ne pas commencer par un silence, un petit haussement d’épaule, un petit sourire désolé et un “Ah… qu’est-ce que je fais dans la vie ?” avant d’essayer d’expliquer ces différentes activités tout en observant attentivement notre interlocuteur.

Commence alors un va et vient entre ce que je dis et les réactions en face. Un froncement de sourcil, une inclinaison de la tête, un changement de posture, des regards qui appellent au secours, je suis à l’affût de tout cela pendant que je déroule la présentation détaillée (Guillaume a l’air d’être intéressé et apparemment je ne l’ai pas encore perdu, ça commence pas si mal !)

Je garde évidemment la suite pour moi, après tout je vous en ai déjà assez raconté sur ma famille, mais tout cela m’amène à des questions que vous vous êtes probablement déjà posées j’en suis sûre.

 

La perception de la multipotentialité

Comment peut être perçue une multipotentialité dans un monde qui attend des étiquettes propres et bien rangées ? Et si on “s’assume” voire qu’on revendique nos multiples casquettes, comment trouver la balance entre préserver son énergie si la réception est mitigée et la possibilité de rencontrer réellement une personne ?

Parce que là se situe une partie importante de la problématique. À quel point veut-on connecter avec les gens que l’on rencontre ? Et peut-on connecter vraiment sans dévoiler qui nous sommes ?

La multipotentialité fait partie de nous, elle nous habite à chaque instant. Elle nous permet de nous intéresser à presque n’importe qui, à n’importe quel moment, dans n’importe quelle situation, car nous aurons forcément quelque chose en commun avec notre interlocuteur.

Si ce n’est un centre d’intérêt commun, alors ce sera une compétence, un public, une situation avec laquelle nous serons capables de créer un lien, une connexion.

Alors où est la limite ? Saine pour nous et pour les autres. Celle qui nous permet de connecter réellement avec des inconnus, mais sans leur faire peur dès les premières minutes ? Celle qui ne nous enferme pas dans une case trop restreinte tout en n’ouvrant pas des possibles qui feraient peur et auraient in fine le même effet.

 

La balance est complexe

Elle doit s’adapter en permanence à notre état du moment et notre environnement.

Mais après tout, n’est-ce pas là la beauté de la chose ? N’est-ce pas ce qui rend les relations humaines riches et belles ?

On pourrait être tenté de simplifier au maximum, d’épurer notre profil jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une ombre effacée de qui on est. Et parfois on devra le faire, ne serait-ce que pour se protéger soi-même.

Mais apprendre à partager son pourquoi, son fil rouge, de façon assumée et enthousiaste pour après éventuellement présenter les activités variées qui en découlent, ne serait-ce pas là la clef d’un multipotentiel à l’aise dans ses baskets lors de rencontres informelles ?

Et si à la question “Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?”, j’étais capable de répondre “Moi ? J’aide les gens à briller et à exploiter leurs potentiels” sans sourciller, sans blanc, sans pause, la vie ne serait-elle pas plus simple ?

Cela n’ouvrirait-il pas plus de possibles que la simple énumération des tâches que j’effectue pour y parvenir ?

 

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