Vous le connaissez sûrement, c’est ce besoin d’identifier, de caser ou de tout étiqueter, et que beaucoup ont en horreur. Si j’ai choisi ce sujet, c’est parce que le profil multipotentiel, malgré son besoin de liberté et de changement, n’y échappe pas non plus.

En effet, on observe des débats sur ce besoin d’être accepté dans la « communauté » : si tu n’as pas telle ou telle compétence, tel ou tel chiffre ou fait tel ou tel test, désolé t’es pas des nôtres. Idem dans les communautés zèbres, HPi/e, THP… mais également sur celles ethniques, sexuelles, hypersensible, gothique, religieuses, spirituelles, musicales, artistiques, motardes, patriotiques…

C’est finalement un problème humain.

Le besoin d’étiquette

Depuis toujours, l’Homme fait partie de groupes sociaux (famille, clubs, ethnies, associations, communautés, nations, régions, religions…) avec lesquels il partage certaines caractéristiques (idées, valeurs, goûts, activités, convictions, statut social, lien de sang, etc…).

Cela lui permet à la fois de se reconnaître et d’être reconnu, de se sentir accepté et d’accepter.

Le premier groupe auquel il appartient dès l’enfance est celui le plus intime : celui de la famille. En grandissant, il se rapproche et intègre de nouveaux groupes qui correspondent à son état d’esprit et/ou à ses valeurs, qui sont en train d’évoluer. D’ailleurs, qui n’a pas été surpris en regardant de veilles photos de nos proches et d’y découvrir des looks et une version d’eux que l’on ne connaissait pas ? C’est souvent suivi de cette phrase : « Ah oui, c’était ma phase rock / grunge / punk / emo / skate / hippie / costard cravate… ». On se rend rapidement compte que tout le monde à besoin d’expérimenter et de s’exprimer, et cela de nombreuse façon.

Ces groupes ne sont pas figés dans le temps car nous évoluons et nos valeurs et notre vision du monde changent avec nous. Le groupe nous apporte quelque chose de bénéfique durant une certaine période plus au moins longue. Puis, arrive le temps de s’en détacher pour revenir à soi ou pour peut-être changer de groupe car nous avons autre chose à expérimenter et à comprendre de nous-même.

C’est un processus tout à fait normal.


Cependant, que se passe-t-il si l’on ne se reconnait pas dans les groupes fondamentaux (cercle familial, amical, professionnel) ? On se sent alors rejeté (j’insiste sur le fait de « se sentir », car ce n’est peut-être pas le but de l’autre partie), pas reconnu ou du moins pas à sa place.

Alors, commence la quête que nous connaissons tous : celle de trouver notre place auprès d’une tribu qui nous ressemblerait et où l’on se sentirait accepté pour enfin être « soi » et pas « différent » ou « extraterrestre ». Bien souvent, cette quête est fructueuse, ce qui est un grand soulagement. Par contre, nous commettons souvent l’erreur de penser que cette découverte ou ce groupe est définitif.

Nous sommes tous des oignons

J’adore dire ça à nos clients durant nos accompagnements.

Vous êtes un oignon, avec plein de pelures différentes : origine, culture, ethnie, sexualité, goût vestimentaire, choix alimentaire, religieux etc… Et le Multipotentiel n’est qu’une pelure en plus.

Imaginez si nous devions nous définir et nous présenter avec la totalité de nos pelures : « je suis un multipotentiel simultané, hétérosexuel, végétarien, cadre dans tel domaine, gaucher mais de droite, français d’origine anglo-saxonne, agnostique… », et pour peu que vous ayez une maladie non visible (eczéma, SII, Crohn) on ne s’en sortirait plus. Ça serai absurde, non ?

Vous êtes l’oignon et non la dernière pelure qui le compose. Vous êtes l’ensemble.

J’aime dire que lorsque l’on rencontre une nouvelle partie de soi, on a souvent le besoin de la porter tel un vêtement. On le teste sur plein de sujets et situations, on le porte le temps de bien l’intégrer pour ensuite l’enlever et le ranger soigneusement avec nos autres vêtements, précédemment testés à l’identique.

Et c’est top ! C’est ce qui fait qui nous sommes et que nous nous expérimentons en tant qu’humain. Cela nous permet de nous découvrir, de découvrir les autres et de vivre, tout en gardant en tête que cela est passager et que l’on est bien plus que la nouvelle pelure que nous avons découvert de nous… mais que nous sommes l’humain qui les portons.

Le danger du scénario de revendication / rebellion

C’est un des scénarios que l’on observe souvent et qui mérite d’être reconnu. Car apprendre à identifier un scénario nous permet de savoir si et où l’on se trouve dans celui-ci.

Lorsque l’on a trouvé son groupe, il y a un besoin d’incarnation et d’identification parfois totales à ses signes distinctifs. On cherche, on en parle, on le teste, on lit sur le sujet et on recherche d’autres personnes avec qui partager, voire même on ne cherche qu’a fréquenter ces groupes spécifiques tant on s’y sent bien. Certaines personnes incarnent ces signes et ces valeurs da façon tellement forte qu’ils en deviennent parfois une caricature.

Et cela se complique un peu plus lorsque la famille ou les amis remettent en question cette nouvelle identité, que cela soit par peur (un changement peut susciter la peur de perdre la personne ou une sortie du clan familial) ou par incompréhension (croyances et/ou vision du monde différente).

La personne se sentant rejetée, non reconnue et parfois même jugée, va défendre son identité à tout prix jusqu’à parfois créer une rupture avec les autres. Il s’agit du besoin d’affirmation de soi et de reconnaissance qui se bat pour sa survie.

Là aussi, ce processus est normal.

Le danger arrive lorsque que notre vision du monde et notre communication ne passe que par le prisme de cette nouvelle identité. La personne reproduit la même séparation qu’elle a subit de la part des autres et prône souvent une ouverture d’esprit qu’elle-même est en train de perdre en imposant sa nouvelle vision du monde auprès des autres. La défense de cette identité se fait de manière réactionnelle (tel un ado face à un parent) et n’est parfois plus réfléchie. On adhère à cette identité sans plus y réfléchir… on n’est plus soi mais cette identité de soi.


La souffrance subie devient parfois même un bâton qui vient frapper tout individu n’étant pas à la hauteur des nouvelles valeurs et idées que l’on prône. La distance avec les autres est créée par un besoin d’imposer qui l’on est plutôt que de passer par une quête personnelle.
(Ça ne vous rappelle pas un peu tous les scénario du type « héros vs némésis » ?)

Il est important de prendre conscience de ce type de scénario car il peut facilement mener à des relations douloureuse avec des personnes de notre entourage, voire des ruptures, et surtout nous enfermer dans une nouvelle étiquette sensée nous libérer des autres.
Et si je vous parle de tout ça, c’est aussi parce que j’y suis passée, régulièrement.

Le dépassement et l’acceptation

Et comment parler de ce besoin sans parler d’égo ? Vous savez, cette petite voix dans votre tête qui vous dit ce que vous devriez faire, ce que les autres devraient faire, que vous devez vous battre pour exister, qu’il faut être comme ceci ou comme cela… Ce « Je » persistant et imposant qui peut faire de nous des êtres merveilleux comme des êtres tyranniques. Et le dépassement est le fait d’aller au-delà de ce « Je » .

C’est dans le bouddhiste que j’ai découvert ce concept. Le développement personnel et la philosophie parlent de bien des façons de cette nécessité de dépasser le concept de soi. Mais j’ai vraiment compris ce que cela signifiait quand j’ai découvert le soutra du diamant :

« Le bouddha n’est pas le Bouddha, c’est pour cela que je l’appelle le bouddha ».

Et Alexandre Jollien (à qui je dois tellement pour le changement qu’il m’a apporté grâce à ses lectures et conférences) de poursuivre ainsi dans son livre « Petit traité de l’abandon » :

« Une lecture m’habite, me déroute et me convertit sans cesse. Je viens de lire le Soûtra du Diamant. Un refrain revient sans cesse, une logique paradoxale jalonne le discours du Bouddha : « X n’est pas X, par conséquent, je l’appelle X. »

 

Rarement, énoncé m’a autant aidé. Je l’emploie partout et toujours dans mon quotidien, enfin j’essaie. « Ma femme n’est pas ma femme c’est pourquoi je l’appelle ma femme. », « mes enfants ne sont pas mes enfants, c’est pourquoi je les appelle mes enfants. ».

Le Bouddha invite à dégommer toutes les étiquettes. Ma femme n’est pas ma femme. Elle est beaucoup plus riche, beaucoup plus dense, beaucoup plus unique, beaucoup plus insolite que ce que j’en perçois. Et ainsi en va-t-il pour mes enfants, pour mes amis, pour la réalité, bref, pour le monde.

 

Nos étiquettes figent le réel, le rétrécissent, le tuent. Mais lutter contre les étiquettes est encore une posture, une fixation. Le Tathagata invite à aller plus loin. Le cœur libre peut utiliser les étiquettes et appeler un chat un chat. Du moment que je sais que ma femme n’est pas ma femme et que jamais je ne pourrai la saisir dans des concepts, je peux librement, avec légèreté, l’appeler ma femme.

 

Le malheur, c’est de se fixer dans les étiquettes, se figer dans ce qu’on a été et dans ce qu’on est. Ainsi, aujourd’hui, je me suis dit « Alexandre n’est pas Alexandre. L’Alexandre d’hier n’est déjà plus. Celui qui est fatigué en ce moment mourra dans la journée pour naître nouveau. » La non fixation, c’est peut-être de laisser mourir ce moi fatigué, humilié, content parfois, gratifié et heureux souvent. La non fixation, c’est se laisser vivre plutôt que vivre. »
Krishnamurti aussi nous parle de ce danger dans son texte « L’Identification », tiré de « Commentaire sur la vie », que vous pouvez écouter dans