Il est 6:40, le réveil sonne. La lumière commence à filtrer derrière les rideaux. C’est le printemps, il fera bientôt grand jour à cette heure-là. Enfin si les nuages ne gâchent pas tout comme à chaque fois.

Il est 7h30. L’heure de partir. Il faut trouver les clefs, le téléphone, mettre la petite dans la voiture, désembuer ladite voiture, se disputer sur la musique à mettre pour le trajet. Tant pis, ce matin ce sera radio.

Il est 9h30, premier break. J’ai eu des clients sympas au téléphone. J’ai même rigolé avec eux. Enfin, ils m’ont entendu rire. Je deviens bonne à ce jeu-là.

Il est midi. L’heure du repas. Rien ne me tente, ce sera salade.

Je n’ai pas envie de repartir pour l’après-midi, mais pas le choix, mon rendez-vous est là.

Il est 17h, j’ai fini ma journée.
J’ai parlé, j’ai ri, j’ai râlé, j’ai fait mon travail et plus encore.

Pourquoi j’ai fait tout ça déjà ?

Je me sens vide dedans. Aucune discussion n’a réveillé ma tête, aucun rire n’a touché mes yeux, aucune bataille n’a touché mon cœur.

Je me sens vide.
Vide de sens, vide d’énergie, vide d’envie.

 

Mais ma vie, elle, ne s’arrête pas.

Tous les jours, toutes les semaines, tous les mois, depuis des années, ce rouleau compresseur d’habitudes me prend, m’emmène je ne sais où sans me demander si j’ai envie d’y aller.

Ce rythme infernal dans lequel je n’ai même plus le temps de penser. Où je ne suis plus que la façade jolie et si réaliste avec le bon angle de caméra, comme un décor de western. Une jolie façade dont tout le monde semble se satisfaire. Elle est là. Elle fait illusion.

Combien de temps tout cela peut-il tenir ? Combien de temps avant que tout s’écroule ? Avant que le corps nous lâche pour nous forcer à ralentir ?

Je n’ai pas eu à attendre que mon corps me dise stop pour changer les paradigmes de ma vie. Un tout petit, minuscule virus s’en est chargé. D’un coup les engrenages se sont grippés. Il a fallu enlever énormément de pièces, en réarranger d’autres. Jusqu’à avoir la plus simple expression de ce que pouvait être ma vie. Ma famille, mon travail.

Plus de distractions, plus de temps qui passe à toute allure, plus de “il faut que” ou de “je dois faire ça”.

 

Pause.

Temps suspendu.

Parfois seule avec moi-même. Forcée à faire ce que je n’aurais jamais fait de mon propre grès. Plus de fuite en avant possible. Aucun combat à mener. Se laisser porter par le temps. Se découvrir et redécouvrir les autres autour de soi.

Avoir le temps. Le temps de cuisiner, de lire, de jouer, de penser.

Retrouver de l’espace, de l’air, de la souplesse à l’intérieur de soi-même. Pouvoir quitter le masque la plupart du temps. Se rendre compte de l’énergie qui était dépensée juste pour maintenir cette façade. Rediriger cette énergie pour enfin s’écouter, se redécouvrir.

Qui es-tu toi ? Maintenant ? La dernière fois que j’ai pris le temps de te voir, de te parler, tu étais une personne enthousiaste et pleine de projets, d’espoirs pour l’avenir. Que sont-ils devenus ? Pourquoi n’ont-ils plus de substance ?

Ah je vois. Tu as changé. Tu es devenue maman, tu es sortie du fantasme de la méritocratie en entreprise. Tes rêves d’avant ont fané mais tu n’as pas coupé ces fleurs mortes. Tes nouveaux rêves n’arrivent pas à pousser. Les anciens prennent toujours la place, accaparent ton énergie.

Tu ne sais plus ce qui est possible, tu n’as pas eu le temps de voir qui tu étais devenue.

 

Pause.

Qu’est-ce que je suis devenue ?
Qui je suis maintenant ?
Qu’est-ce que j’aime en fait ?

Je viens de passer les trois dernières années à tenter de sortir d’une situation qui ne m’allait pas en me posant la mauvaise question :
Qu’est-ce que je peux faire ?

En tant que multi ? Tout. À peu près.
En changeant la disposition des portes et des fenêtres et repeignant la façade, vous voyez ? Ça correspond à ce que vous cherchez ? Non ?

Non. Il n’y a pas de substance, il n’y a pas d’épaisseur. Il n’y a pas de fondations à cette façade. Et ça se sent de l’extérieur. Et ça détruit de l’intérieur.
Quand on a réarrangé sa façade tant de fois qu’on ne sait plus à quoi elle ressemblait à l’origine. Quand on a oublié que quelque part les étais reposent sur des fondations tellement bien cachées sous des années de poussière qu’on ne les devine même plus.

Quand la peinture s’écaille et craquelle parce qu’on n’a plus l’énergie de rendre un énième arrangement temporaire joli.
On fait quoi ?
On appelle à l’aide.

Allô Docteur, je crois que ça ne va pas.
Allô maman, je crois que ça ne va pas.
Allô chéri, je crois que ça ne va pas.

Allô moi ? Ah oui. Ça ne va pas.

 

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