Tous les articles de Kmeo

Addict à l’apprentissage ? Le besoin d’apprendre des multipotentiels

Est-ce que comme Emeric, Anaïs et Virginie et plein d’autres multipotes de la kommunauté, vous avez un grand besoin d’apprendre et ça vous arrive de vous perdre très facilement dans les rayons de livres de la FNAC ou d’une bibliothèque ?

Vous allez de rayon en rayon, de livre en livre jusqu’à ce que votre curiosité et votre soif d’apprentissage vous fassent perdre toute notion du temps ?

Et si vous avez découvert ce qu’est un MOOC, il y a peu de chances que vous vous soyez contenté de ne vous inscrire qu’à un seul. Ne faites pas l’étonné, je le sais !

Je le sais parce que, vous comme moi, nous sommes poussés par notre curiosité à devenir des addicts de l’apprentissage car nous avons besoin d’apprendre.

Une curiosité naturelle d’enfant et un fort besoin d’apprendre

Personnellement, je ne suis pas haut-potentiel, asperger ou autre, j’ai simplement conservé ma curiosité d’enfant en me posant plus de questions que les autres. Et ces questions méritent des réponses. L’obtention de ces réponses va m’amener dans une étape de recherche.

Une fois les informations trouvées, celles-ci vont me nourrir intellectuellement car j’y trouve une source d’apprentissage et de connaissance sur moi-même. Ce qui me permet d’apprendre à dompter ma multipotentialité qui, elle, contribue à me disperser.

Si autant de multipotentiels ont le sentiment de partir dans tous les sens ou de se disperser, c’est en partie dû à cette nouvelle ère de la connaissance dans laquelle on vit.

Notre époque nous propose une multitude de contenus intéressants qui nourrissent notre curiosité et distraient notre esprit et il est difficile pour nous de ne pas y succomber.

Kmeo lutter contre ses peurs, besoin d'apprendre, soif d'apprentissage, multipotentiel, apprentissage et multipotentiel, besoin de nouveauté

L’apprentissage, une façon de lutter contre ses peurs ?

Au fil des années de mon expérience de formateur, j’ai constaté la chose suivante : celles et ceux qui réussissent à faire naître puis vivre leur projet ou à rebondir après un échec ont un rapport positif à l’acquisition de nouvelles connaissances et l’apprentissage de nouvelles habiletés.

De nombreuses personnes m’avouent vouloir rester dans un job qui ne leur convient pas car elles ont peur à l’idée de se reconvertir. Bien souvent, elles se réfugient derrière des excuses familiales ou d’âge. Je comprends ces peurs.

Une peur provient très souvent d’un manque de connaissances vis-à-vis d’une situation inconnue. Pourquoi est-ce que je les comprends ? Car moi aussi j’en ai eu lorsque j’ai quitté mon job. J’ai dompté mes peurs en apprenant l’entrepreneuriat.

Donc, derrière mon addiction à l’apprentissage (partagée par de nombreux multipotentiels) c’est surtout une peur du changement et de l’inconnue que j’ai atténuée.

Apprendre m’a donc permis de réduire considérablement mes peurs. Et je suis sûr que derrière chaque personne addict à l’apprentissage, il existe une peur. A condition d’en prendre conscience, cette peur peut être un moteur qui permet de se nourrir et d’entretenir ce sentiment d’être vivant.

Et c’est ce sentiment d’être vivant que je cherche à entretenir en apprenant continuellement.

Une vertue thérapeutique

Pour certains, l’apprentissage est une corvée, une contrainte à éviter ou une sorte de punition. Pourtant pour moi c’est un vrai plaisir et c’est devenu l’une de mes activités préférées.

Seulement nous évoluons dans un monde de spécialistes et d’experts qui nous renvoie automatiquement à une image de personne inconstante.

La démocratisation du terme multipotentiel par Emilie Wapnick a permis à de nombreux multipotentiels de sortir de l’apitoiement, de la culpabilité et de la honte de ne pas rentrer dans les cases.

J’ai mis du temps à prendre conscience qu’il fallait que je grandisse en me nourrissant intellectuellement. Moi qui ne comprenais pas pourquoi tout me semblait être en décalage, hors de contrôle et si compliqué. Jusqu’au jour où j’ai clarifié mon rapport à l’apprentissage pour ne plus l’associer à l’école et à la souffrance (je détestais l’école), mais à la compréhension de moi-même et la recherche de plaisir.

Et j’ai accepté l’idée que j’avais un réel besoin d’apprendre qu’il était nécessaire d’assouvir.

Apprendre a aussi une formidable vertu thérapeutique. C’est aussi pour cette raison que nous sommes addicts à l’apprentissage.

Pour beaucoup, l’apprentissage n’est qu’un moyen pour atteindre un but. Pour nous, c’est un besoin qui nous nourrit et nous donne le sentiment d’être vivant.

Nous avons un rapport à l’apprentissage différent des spécialistes.

Pour beaucoup d’entre eux, l’apprentissage est un moyen de démontrer ou de valider une expertise, un moyen qui permet d’atteindre un résultat.

Mais pour notre part, nous sommes constamment mobilisés par :

  • L’envie de trouver de nouveaux remèdes à l’ennui et de nouvelles sources de plaisir.

  • La nécessité de mettre de côté notre tendance à nous poser des questions en boucle dont on n’a pas la réponse. 

  • Et au final d’apprendre à se piloter soi-même en apprivoisant notre multipotentialité par le savoir.

Kmeo lutter contre ses peurs, besoin d'apprendre, soif d'apprentissage, multipotentiel, apprentissage et multipotentiel, besoin de nouveauté

Addict à l’apprentissage ou à l’expérience d’apprentissage ?

Les personnes au profil multipotentiel ont souvent en commun une grande curiosité, un besoin de nouveauté et aime avoir l’impression de vivre plusieurs vies en une journée.

Est-ce que notre besoin d’apprendre ne nous attirerait pas davantage vers l’expérience d’apprentissage en elle-même plutôt que par le savoir? Je me suis posé cette question et il en est ressorti que ça n’est pas tant le processus d’acquisition de savoir ou de savoir-faire qui m’intéresse mais le processus d’apprentissage à proprement parler qui est lui conscient, volontaire et observable. 

Celui-ci me permet de mettre en pratique, de regarder et de répéter et a pour objectif d’acquérir non pas une connaissance mais une compétence. Car ma source d’apprentissage principale est la pratique que je complète avec la théorie.

A vous de vous demander où est-ce que vous vous situez dans la situation d’apprentissage ? Dans le processus d’acquisition ou le processus d’apprentissage en lui-même ? La connaissance ou l’expérience ? Dans les deux cas, il en découle un désir profondément ancré d’apprendre. Et ce désir nous amène à devoir lutter contre notre envie de nouveauté liée à la découverte de nouvelles thématiques d’apprentissage.

Et c’est ce qui nous amène à nous éparpiller facilement par trop de tentations d’apprentissage. Ce qui nous vaut l’étiquette d’« inconstant » aux yeux du monde professionnel, alors que les tentations d’apprendre de nouvelles choses sont partout, car tout est à notre portée.

L’insatiable soif d’apprentissage lié au besoin d’apprendre

Il faudrait que notre engagement émotionnel à poursuivre dans un seul domaine soit plus fort que toutes ces tentations d’apprendre de nouvelles choses.

Quand nous nous situons dans une démarche d’apprentissage, il est normal de vivre la dispersion et donc l’inachèvement de certaines choses. C’est lié au besoin d’apprendre et de ce fait de ne pas maîtriser le domaine que l’on est en train d’explorer.

Si nous sommes jugés comme des « inconstants », c’est peut-être parce que notre but n’est pas de devenir champion du monde de boxe, expert en économie ou bien encore moins bouddhiste.

Être addict à l’apprentissage en tant que multipotentiel, c’est répondre à son besoin d’apprendre…

Vous l’aurez compris, chacun son but et sa priorité.

Certains d’entre nous seront experts dans un domaine et d’autres ne le seront jamais. On peut aimer apprendre étudier l’art et ne jamais devenir artiste.

Tout apprentissage est une richesse. Donnez-vous la permission d’accepter votre fonctionnement sans rentrer dans la justification. Et autorisez-vous à choisir vos priorités et votre mode d’alimentation pédagogique pour satisfaire votre insatiable besoin d’apprendre.

Car même si aujourd’hui notre société continue de fonctionner sur la logique d’apprentissage dans le but d’obtenir un diplôme et d’accéder à un seul travail, vous pouvez être sûr que vous ferez partie des premiers à vous adapter à cette nouvelle ère de la connaissance où il sera demandé de maîtriser de plus en plus de savoirs et de savoir-faire. 

Et comme l’a dit Zoé, une membre de la communauté : “Puisque l’on apprend super vite, plus vite que la moyenne, éh bien on est toujours en quête d’un « après » ” .

Un « après » qui nous ne nous amène pas à anticiper l’avenir mais à composer avec lui pour une vie cohérente avec soi-même.

A bon entendeur !

Et vous ?

Etes-vous un addict à l’apprentissage ?
Si c’est le cas, dites-nous en commentaires qu’est-ce que vous aimez apprendre.

Inventeur en créativité, chercheur d’étincelle – Interview de Nicolas Brun

Petit, quand on me demandait ce que je voulais quand je serai grand, je répondais « inventeur ». Alors autant dire qu’en lisant la description de Nicolas Brun sur LinkedIn qui se définit comme « Inventeur en créativité et chercheur d’étincelle », je n’avais qu’une envie, c’était qu’il nous parle de son univers et de ses inventions.

Le reste de sa description n’a fait qu’augmenter ma curiosité : « Je suis un chercheur d’élan, un explorateur de moi-même. Un qui flâne sur les chemin de la vie. Atypique, singulier. J’ai des allures de zèbre, d’okapi ou peut-être d’ornithorynque : inclassable, multiple, multifonction, multipotentiel. Je me construis un chemin pavé de sensibilité… d’hypersensibilité. »

J’espère que vous apprécierez notre conversation avec Nicolas dans laquelle nous parlerons de ses multiples projets, de sa scolarité en tant qu’enfant rêveur, d’apprentissage par la compréhension, de méditation et bien sûr, de créativité.  Et nous vous invitons à suivre ses articles et ses posts sur son blog et son profil LinkedIn dont vous retrouverez tous les liens à la fin de l’interview.

Bonne lecture !

Bonjour Nicolas ! Peux-tu nous dire comment tu réponds à la question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » ?

Question difficile effectivement ! La réponse la plus simple et la plus fiable est que je suis professeur de théâtre. Ce n’est pourtant pas mon travail à plein temps mais c’est l’activité la plus stable que j’ai actuellement. 

Quels métiers exerces-tu en parallèle ?

Je suis développeur web, web designer, graphiste, illustrateur, acteur, professeur de théâtre. Beaucoup de métiers que j’exerce en tant qu’autodidacte. 

On a également un site avec Armelle, ma compagne, qui est le site de référence sur les énigmes francophones et qui a aussi été adapté en livre.

Et enfin, j’ai le site Holographik, même si je ne gagne pas d’argent avec ce projet. J’ai de grosses difficultés à me vendre, c’est à dire que je sais communiquer mais je ne suis pas un vendeur.

livres enigmes creatives

Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

C’est un projet important pour moi car c’est la conjonction de quelque chose, la créativité, qui m’a suivi tout au long de mon parcours.

C’est un site internet, sous forme de blog, sur la créativité pour les personnes qui ont envie de la développer.

J’ai toujours effectué beaucoup de recherches sur ce sujet et ça a touché sur de nombreux domaines. Au théâtre, j’enseigne la création collective sur l’instant, et il a fallu créer des outils qui n’existaient pas jusque là, d’où ces recherches.

Tu dirais que cette diversité de compétences a été par besoin ou par nécessité financière ?

Financièrement cela ne m’a pas aidé. Si j’ai appris tout ça c’est un élan personnel. A vrai dire, j’ai toujours été comme ça. II faut dire que j’étais dans la lune depuis tout petit. Je me rappelle que quand j’étais à l’école et que je regardais le maitre d’école c’était pour regarder sa tête et la dessiner. Je chantais aussi déjà petit et décodait les accords à l’oreille. Au début c’était uniquement les notes et la mélodie et à un moment donné c’était les accords entiers.

J’ai donc toujours été comme ça mais en même temps j’ai de gros trous de compétence. Je ne sais si beaucoup de multipotentiels ont cette particularité mais il y a des choses où je suis vraiment nul. C’est un gros mystère pour moi. Bon après il y a des choses qui ne m’intéressent pas, comme l’actualité.

Comment cela a été perçu par tes professeurs ce coté créatif et rêveur ?

J’en ai souffert parce qu’en plus d’être rêveur j’étais très très désorganisé. Je n’avais jamais mes affaires, je ne faisais pas mes devoirs. Je n’étais pas méchant, je ne faisais pas l’idiot en classe, je n’étais pas un rebelle activement mais j’étais sans doute perçu comme ça car je n’arrivais pas à écouter. On me demandait de faire des choses, mais je n’y pensais pas. Mes affaires c’était le bordel.

Et bien que je dessine j’ai une forme de problème de motricité fine, c’est à dire que j’écris très mal donc mes papiers à l’école étaient abominables pour mes professeurs qui n’arrivaient pas à me lire. On me mettait souvent à coté du meilleur de la classe pour m’aider à suivre et en général on partageait le livre car je n’avais pas le mien.

Tu dis que tu « n’y pensais pas ». À quoi pensais-tu dans ces moments-là ? Tu étais dans quel état d’esprit, qu’est-ce qui te passionnait ?

Je n’arrivais pas à rester concentré. J’écoutais le professeur et, au bout d’un moment en entendant un mot, je partais dans une forme de bulle très riche et très colorée où je ne voyais plus ce qui était autour de moi. J’étais complètement coupé de l’extérieur. Je n’entendais plus, je ne voyais plus. Je voyais des images, des choses, je ne me rappelle plus quels étaient les sujets mais j’étais vraiment dans la lune. 

J’avais du mal à suivre car dès que j’avais quelque chose qui me passionnait j’avais du mal à m’en détacher. J’avais envie d’approfondir certaines réflexions qui n’étaient peut-être pas de mon âge. Je pense que le reste ne m’intéressais pas car c’était superficiel et j’avais besoin de comprendre. C’était quelque chose de très fort chez moi. J’avais la phobie d’apprendre par coeur. 

Je me rappelle par exemple que je n’arrivais pas à apprendre les tables de multiplication. J’ai donc fait du calcul mental. Je me suis dit, au lieu d’apprendre, je vais retrouver les résultats par la logique et la compréhension. La compréhension m’intéressait mais l’apprentissage ne m’intéressait pas. Savoir qu’il y avait des choses où « c’était comme ça, c’était la réalité et il fallait juste suivre la consigne », moi ça ne m’intéressait pas.

Donc si tu ne comprenais pas, il n’y avait pas d’apprentissage possible ?

Oui tout à fait. Et j’avais beaucoup l’esprit critique aussi. Je n’étais pas facilement satisfait par les explications qui m’étaient données pour expliquer quelque chose. On me demandait d’écouter bêtement des choses, et ça j’ai toujours eu du mal. La compréhension et la sensibilité artistique ont toujours eu beaucoup d’importance pour moi.

Et par la suite, quand tu es parti à l’université d’informatique, comment as-tu fait avec ce trait de caractère ? Je te pose la question car j’ai moi-même eu du mal en dernière année de master d’informatique car il fallait apprendre beaucoup de choses par coeur dans beaucoup de matières sans avoir le temps de comprendre et que cela m’a donné beaucoup de difficulté (Julien).

J’avoue que c’est un peu mystérieux surtout que j’ai eu des problèmes de santé à ce moment-là. J’avais de grandes douleurs en restant assis longtemps. Cela m’a empêché de suivre les cours. Et donc après 6 mois, j’ai fait de la stratégie, je suis allé à la moitié des cours mais je n’ai pas vraiment changé. Je ne me suis pas adapté au système d’enseignement, j’étais vraiment dans l’esprit de faire ça au feeling. Dès que c’était du par coeur et que je ne pouvais pas retrouver les résultats par la logique c’était compliqué et dès que ça touchait quelque chose en moi j’avais des facilités.

J’ai arrêté en maitrise (4ème année) car j’en avais marre avec mes douleurs qui étaient trop intenses.

Au final, c’est un peu mystérieux comment je suis arrivé jusqu’à là. Même avec le peu de cours que je suivais, j’arrivais à avoir des notes pas mauvaises et je sais que ça énervait un peu les gens. 

Mais je me souviens qu’en interro surprise en terminale S quand le professeur demandait à recracher du par coeur, j’avais toujours zéro. C’était difficile mais j’ai quand même fait mon chemin.

Ce n’est pas un peu contradictoire qu’on nous demande de comprendre et de mettre en pratique derrière alors qu’on nous demande d’apprendre par coeur ? (Steph) 

J’ai toujours eu le sentiment que trop réfléchir et trop chercher de comprendre c’était la plaie pour les profs. Tu veux comprendre les choses mais eux ont un programme à suivre. J’avais des coups de coeur comme par exemple la 3D. Mais à coté je me suis pris des plombs comme en français où je n’avais pas lu les livres.

Qu’est-ce qui t’a amené à chercher et trouver le terme « multipotentiel » ? Ou peut-être es-tu tombé dessus par hasard ?

J’étais tombé sur un article d’une fille dans lequel je me suis « dis donc elle est aussi folle que moi » ! (rires) Je m’étais reconnu dans cet article qui parlait de zèbre et de fil en aiguille je suis arrivé au multipotentiel.

Est-ce que ça a changé quelque chose de pouvoir mettre un terme sur ton profil ?

Oui je pense que c’est intéressant de mettre des termes. Je sais que des fois les gens ça les rebute car ils ont peur que ça les réduise à ça. Mais je pense qu’on peut avoir un terme sans s’y réduire et que ça aide parce que sinon on est plus sensible à la culpabilisation externe. Car la société nous dit qu’on devrait fonctionner d’une certaine manière mais avec ce terme ça nous permet de comprendre et de se dire qu’il y a des profils. Se dire « Ce n’est pas moi qui suis fou. j’ai un profil, il est particulier. Il ne plait pas à tout le monde mais il permet de me sentir légitime ».

Kmeo Nicolas Brun

Justement sur cette légitimité, te sens-tu toujours légitime dans tout ce que tu fais ou souffres-tu du syndrome de l’imposteur ?

(rires) Non c’est très dur. J’en ai toujours souffert. A partir du moment où tu fais ton propre chemin, non seulement ce n’est pas facile car tu n’as pas de reconnaissance mais surtout les gens n’acceptent pas que ce n’est pas le chemin académique. Si tu fais les choses mais que tu ne suis pas les règles de la discipline, les gens le vivent mal.

Moi je ne suis aucune règle. Je fais par exemple de l’illustration avec ma sensibilité. Je n’ai jamais compris les règles. Qu’on m’explique des choses je peux l’entendre mais soit je le comprends soit je le sens avec ma sensibilité personnelle mais entre les deux il n’y a rien. 

Quand j’enseigne au théâtre, ça m’a demandé plus de temps parce qu’il faut y réfléchir plus mais je n’ai aucune règle à proposer aux gens. Il y a des mécanismes et des principes comme par exemple si tu joues de dos cela va avoir un effet, mais ce n’est pas une règle. Une scène c’est un tableau esthétique et selon comment tu t’y mets, l’esthétique est impactée mais je ne vais pas dire aux gens « vous devez jouer de face et puis c’est tout ».

Tu as dit que même sans aller en cours tu avais eu de bons résultats. Comment c’était perçu par ton entourage et tes collègues ?

Pour être honnête,  je ressentais plein d’émotions autour. De temps en temps, il y avait de l’agacement, de la jalousie, de l’admiration, notamment pour cette liberté, (même si je ne le vivais pas comme telle). Ça m’a posé beaucoup de difficultés ce profil.

Et comment le vis-tu aujourd’hui ? Comme quelque chose de plutôt positif ou négatif ?

Je pense que globalement je le trouve positif. Multipotentiel cela ne veut pas dire qu’à coté il n’y a pas de difficultés, mais j’essaye aujourd’hui beaucoup plus de m’inclure dans un tableau complet. J’essaye de m’accepter plus dans mon entièreté et voir tous les aspects et les particularités. J’ai une vie qui est proche de mes valeurs. Même si ce n’est pas facile, je suis content de ce profil.

Si j’avais une baguette magique pour devenir « normal » je ne voudrais pas de ça car finalement, toutes ces différences je les trouves passionnantes aussi. C’est ce qui me constitue. J’accepte plus mes parts d’ombre, sans le voir négativement non plus. 

Au sujet de la persévérance, as-tu trouvé des outils ou des méthodes qui t’ont aidé ?

Pour moi ce qui m’a aidé, c’est la méditation. Au début je m’étais donné comme consigne de commencer à méditer. Ressentir des choses de manière corporelle mais sans aucune contrainte de temps. Par contre la seule consigne c’était de le faire tous les jours. Et au fur et à mesure ça a été plus facile. Quand j’ai réussi à tenir 2 minutes, ce qui peut paraitre ridicule, pour moi c’était déjà beaucoup. Puis j’ai pu doubler, et doubler encore et maintenant je peux dépasser les 40 minutes.

As-tu un instant particulier pour méditer ?

Comme j’ai un emploi du temps assez souple, j’essaye de le faire plusieurs fois dans la journée. Je suis décalé vis à vis du sommeil. Je pense que ma biologie est comme ça. Je me couche tard et je me lève tard. Je médite souvent avant ou pendant que je fais à manger.

Est-ce que par la méditation tu as eu des indices sur ce qui te faisait perdre en persévérance dans une activité ?

À partir du moment où j’ai commencé à méditer, je suis arrivé à mieux voir mes émotions, à les voir en face. A savoir si je fais une chose car c’est ce que je veux au fond de moi ou si c’est pour éviter quelque chose ou par frustration. C’était plus clair pour moi pourquoi je voulais agir. Au quotidien ça me permet de mieux gérer les choses.

En méditation, on s’aperçoit que même les choses négatives on peut s’y intéresser. Je peux avoir une anxiété mais je peux m’y intéresser et essayer de comprendre et cela change vraiment les choses. C’était très dur au début de recentrer mes pensées mais ça fait parti du travail. En méditation ce n’est pas un échec.

Quel outil utilises-tu pour méditer ?

J’ai tendance à créer mes propres méthodes. J’essayais d’écouter tous les sons autour de moi, puis j’ai intégré d’autres choses comme percevoir mes émotions. Aujourd’hui pour ma méditation, j’essaye de garder une vision globale sans suivre de canevas.

Tu as écrit un article sur le fait de devoir parfois régresser pour devenir meilleur et je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec les multipotentiels qui repartent souvent de zéro. Pourrais-tu nous parler de cet article ? (Julien)

Oui c’est un article sur le maximum local. L’idée est que si on monte sur une chaise, pour monter plus haut, il faudra descendre pour aller chercher une échelle. Des fois il y a des approches qui peuvent nous faire progresser très vite mais il va arriver un moment donné où l’on va plafonner.

Des fois il y a des gros pièges qui sont des choses très attractives et qui font progresser très vite mais qui plafonnent rapidement. Au théâtre c’est la raison pour laquelle je ne donne pas de règle car sinon on ne peut plus batir de sensibilité. La sensibilité il faut la développer et ça c’est plus long.

Nicolas Brun enseignement theatre

Comment est-ce vécu par les gens qui travaillent avec toi et qui parfois ont besoin d’être cadré et à qui ce « manque de cadre » peut faire peur ?

Plus les gens sont classiques plus ils désertent nos cours car ils veulent des choses très linéaires. Parfois des gens nous le reprochent, c’est un risque. Dans nos cours, on n’engueule pas les gens, on est dans la bienveillance ce qui rend nos cours plus accessibles. Mais d’un autre coté, il y a des gens ça les perd.

Par exemple, une question fréquente que l’on nous pose est de savoir si c’est bon ou si c’est mauvais. Mais moi je n’ai pas de réponses à cette question. Je peux leur dire éventuellement ce que j’en pense moi. Et ça, ça les perturbe. C’est une forme d’intolérance à l’ambiguïté que je remarque chez beaucoup de gens.

Y a-t-il des personnes chez qui tu as pu observer des grands changements à ce niveau ?

Il y en a eu. Ils s’améliorent tous mais j’ai quand même l’impression qu’en général, ceux qui n’arrivent pas à lâcher prise et qui sont obligés d’avoir quelque chose de l’extérieur sont ceux qui vont avoir de grandes difficultés. Ce sont des gens qui ne veulent pas regarder leur sensibilité personnelle. Ils n’arrivent pas à se faire un avis par eux-mêmes.

Quand on regarde un tableau par exemple, on peut se dire si on aime ou on n’aime pas. Mais certains, s’ils en sont l’auteur ne sont plus capables de le dire. On ne te demande pas si c’est technique ou pas et si ça respecte des règles, on te demande juste ce que tu ressens en tant qu’observateur de ce que tu fais.  

Et si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui n’ose pas faire une activité créative ?

Ce qu’on fait dans nos cours, c’est qu’on commence à leur faire accepter l’erreur. On ne leur demande pas d’être créatif, c’est ça le paradoxe. Les gens qui forcent le trait à vouloir être créatif ne sont souvent pas très bons au final. On fait de la création de l’instant, on improvise des histoires. On leur apprend au départ à dire des choses banales, à faire quelque chose et à l’assumer. Les idées on ne peut pas les forcer à venir.

Mon conseil c’est qu’il faut se confronter au fait d’assumer ses créations, assumer de faire des erreurs, assumer de pas être dans les clous, à faire des choses qui sont simples. Dans un de mes articles je parlais justement de partir du banal et qu’après les idées viennent.

Holographik quadrants-creativite

Questions rapides

Un livre en particulier qui a marqué ton quotidien ?

La source du bonheur est dans notre cerveau tiré des travaux de Jacques Fradin sur les mécanismes cérébraux. Il m’a beaucoup influencé et m’a ouvert la porte vers ma passion pour la psychologie et les neurosciences.

Quel conseil donnerais-tu à ton toi de 20 ans ?

Très spontanément, je lui dirais d’arrêter de se battre. Je me suis beaucoup battu en n’acceptant qu’à moitié qui j’étais et aujourd’hui je suis beaucoup plus dans une phase d’acceptation. Donc je lui dirais d’arrêter de lutter trop et d’accepter qui j’étais.

Quel est le meilleur investissement récent que tu as fait ?

Ma tablette graphique qui m’a permis de numériser beaucoup d’idées que j’avais.

Une citation qui t’accompagne ?

Je ne suis pas très citation mais une citation qui me parle est « Il ne savait pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » de Mark Twain même si je ne considère que seule la volonté suffit à tout faire. Cela me rappelle que personne ne croyait en notre projet de monter une vraie pièce en la créant sur l’instant mais avec beaucoup de volonté, de travail et d’inventions, c’est ce que l’on a réalisé. 

Les liens pour retrouver Nicolas

Crédit photo de l’article : Jon

Comment choisir un métier quand on est multipassioné ?

S’il y a bien une chose qui peut être compliquée quand on a un profil multipotentiel et donc que beaucoup de sujets nous intéressent, c’est de choisir un métier.

Que vous sortiez du lycée et deviez choisir une spécialisation si tôt dans votre vie ou que vous envisagiez une reconversion professionnelle, il y a des chances que la tâche ne soit pas de tout repos.

Pour ma part, j’avais bien essayé de repousser ce choix le plus possible en poursuivant un Bac S qui m’avait-on dit, m’ouvrirait le plus de portes (oui je sais, nous pourrions débattre de ce sujet pendant des heures mais là n’est pas la question !).

Pourtant à un moment donné, il m’a bien fallu choisir une spécialisation. Et je dois vous l’avouer à l’époque, je manquais cruellement de méthode pour prendre cette décision qui allait avoir un impact considérable sur ma vie.

Mais au final, qu’est-ce qui rend ce choix si difficile ? Y aurait-il un moyen de faciliter cette prise de décision ? Et peut-on avoir trop de passions ?

Un trop grand nombre de possibilités ?

Une des raisons pour laquelle choisir un métier peut nous sembler compliqué est le très grand nombre de possibilités qui s’offre à nous.

Combien y a-t-il de professions ? Il y en a des centaines ou des milliers et le nombre ne cesse de grandir. Pour chaque métier qui a disparu, comme allumeur de réverbères ou poinçonneur dans le métro, beaucoup de nouveaux ont émergé, comme Chief Happiness Officer ou Ingénieur Bio-Informaticien (et non, ce n’est pas un informaticien qui mange bio…).

Aussi, combien de sujets existe-t-il qui pourraient vous intéresser? Des dizaines de milliers. En fait, il y en a plus que ce que vous ne pourriez jamais apprendre. Et le plus difficile est de se dire que l’on doive en choisir un seul.

Beaucoup de personnes nous disent se sentir perdues devant tous ces choix et nous pouvons facilement le comprendre. Elles s’intéressent à de nombreux sujets et ont des facilités dans plusieurs domaines et pour elles, devoir choisir leur donne la sensation d’avoir à tirer un trait sur toutes les autres opportunités de carrière.

Mais nous ne pouvons pas juste nous contenter de les plaindre. Ce que nous pouvons faire en revanche, c’est de les préparer à devenir ce que l’on pourrait appeler des voyageurs organisés.

Carte, boussole et stratégie 

Vous l’aurez deviné, je ne vais pas vous conseiller de suivre une formation ou de commencer un nouveau métier en enfilant un short et des tongs. Le voyage risquerait de ne pas être très long.

Par contre, tel un voyageur organisé qui explore une nouvelle ville, vous avez devant vous un monde d’idées et de carrières à explorer. Comme lui, vous devez également reconnaître que vous ne pouvez pas explorer tout ce qui est proposé. Comme lui, vous devez donc planifier votre approche.

Mais il faut avant tout que vous preniez le temps dont vous avez besoin pour atteindre votre destination finale. Acceptez que votre voyage puisse être long.

Apprenez également à connaître quel type de voyageur vous êtes.  Pour quelles raisons avez-vous sélectionné cette destination  ? Qu’êtes-vous venu chercher ? Comment se déroule votre voyage et que vous apprend-il sur vous ? Qu’est-ce qui vous plait et vous déplait ?

Bien sûr, avoir de nombreux choix peut être accablant, mais est-ce vraiment une mauvaise chose ? Ne préféreriez-vous pas trop de choix à trop peu ?

Si un mur en béton vous barre le chemin pour entrer dans la ville de vos rêves, vous seriez probablement coincé. Mais si c’est une forêt dense et luxuriante, la seule chose dont vous aurez besoin est d’une bonne carte et d’une stratégie solide pour vous frayer un chemin.

D’ailleurs, voyons maintenant en quoi consiste cette stratégie…

Un juste équilibre entre tête et coeur

Pour choisir un métier à poursuivre, il vous faudra trouver l’équilibre entre écouter vos émotions et votre logique.

D’un coté, il est primordial d’être passionné par ce que vous faites, et vous ne devez pas abandonner l’idée de devenir par exemple musicien juste parce que la partie rationnelle de votre cerveau vous dit qu’il est difficile de percer dans la musique. D’un autre coté, si la part émotionnelle est trop importante, il se peut que vous ne réfléchissiez pas clairement.

Il est facile d’idéaliser un métier en oubliant toutes les contraintes associées. De la même manière, on peut rapidement abandonner l’idée d’exercer un métier alors que l’on ne connaît pas réellement celui-ci.

La passion pour un sujet ne doit pas vous servir d’excuse pour ne pas faire un vrai travail de recherche sur les métiers associés. Basez votre décision sur du concret, renseignez-vous auprès de personnes exerçant déjà dans ce domaine et si cela vous plait toujours, foncez !

D’un autre coté, si vous n’écoutez que votre tête vous risquez de rester enfermer dans un métier qui n’est pas fait pour vous et d’oublier que votre but est de vous sentir épanoui par ce que vous faites.

Posez-vous la question « Si je gagnais au loto, aurais-je toujours envie de faire ce métier ? » Si la réponse est non, il y a de grandes chances que ce ne soit pas une vraie passion.

Peut-on avoir trop de passions ?

La seule raison pour laquelle avoir beaucoup de passions est perçu comme un problème est parce que nous vivons dans un monde linéaire et normalisé. Un monde qui nous demande de cocher une simple case pour décrire ce que nous faisons.

Et si, au lieu de cocher une case, vous écriviez un paragraphe complet expliquant votre travail ? Ce n’est peut-être pas ce que le monde vous demande de faire, mais vous avez le droit faire et de le proposer.

Si vous avez la chance d’avoir de nombreuses passions, vous pouvez alors en associer plusieurs pour créer la carrière de votre choix.

Il y a ensuite ceux qui ont du mal à déterminer lesquelles de leurs passions devrait être la base de leur gagne-pain et lesquelles devrait rester un simple plaisir personnel.

Prenons l’exemple de Guillaume qui aime son métier de développeur informatique et est passionné par la plongée sous-marine au point d’avoir passé chaque niveau. Il a la possibilité d’encadrer d’autres plongeurs et d’en faire son métier. Est-ce une raison suffisante pour arrêter l’informatique et en faire son principal métier ? Bien évidemment non.

C’est une personne multipassioné menant une vie bien équilibrée, et c’est parfait ainsi.

Enfin, même si vous avez trouvé une passion dans laquelle vous dévouer, soyez ouvert au changement. Vous changez et le monde change également. Les priorités changent. De nouvelles opportunités et de nouvelles crises peuvent survenir.

Bien que vous deviez poursuivre votre passion pour réaliser votre talent, vous devez également garder l’esprit ouvert. En d’autres termes, si vous le faites correctement, la recherche ne devrait jamais se terminer !

Pour résumer

Au final, si vous deviez sauter tout ce que j’ai écrit à la sueur de mon front et passer directement à l’essentiel :

  • Ne voyez pas le fait d’avoir trop de choix comme une mauvaise chose mais comme une opportunité.  C’est une chance d’avoir plusieurs passions quand de nombreuses personnes peuvent passer leur vie à en chercher une sans la trouver.
  • Préparez-vous tel un voyageur pour explorer les différentes possibilités de carrière et prenez le temps pour travailler votre stratégie.
  • Acceptez le fait que ce voyage puisse être long et varié mais n’oubliez pas que votre destination finale a de grandes chances d’être une organisation de travail alignée avec votre valeurs et votre fonctionnement. Et profitez de ce long voyage pour en apprendre plus sur vous.
  • Trouvez le bon équilibre entre tête et coeur pour décider quel(s) métier(s) vous souhaitez faire. Écoutez votre coeur pour vous diriger et vos recherches et votre logique pour faire votre choix.
  • Vous avez de nombreuses passions ? Avez-vous envisagé d’en associer plusieurs pour construire une carrière qui vous ressemble ?
  • Le monde change et vous également. Alors profitez de votre grande faculté d’adaptation et de vos multiples compétences pour vous démarquer et restez ouvert aux nouvelles opportunités.

À vous !

Et vous ? Comment choisissez-vous vos activités ?  Quelle stratégie avez-vous mis en place pour prendre vos décisions ? Partagez avec nous vos réponses en commentaires ou dans le groupe de discussion Kmeo !

Qu’est-ce qu’un slasheur ?

Vous l’aurez entendu ou remarqué le monde du travail change. Les nouveaux travailleurs arrivent avec leurs nouvelles exigences, entre équilibre de vie pro/perso, travail en remote, cadre de travail sympathique, …

Ces changements ont amené l’apparition des slasheurs. Et pour vous faire une confidence, je suis moi-même un slasheur depuis des années.

Mais au fait c’est quoi un slasheur ? Vous allez mieux comprendre. Soyez attentif à ce qui va suivre car un jour ou l’autre, vous serez sans doute concerné par cette philosophie.

kmeo_slasher_definition_tel

Slasheur : chiffres & définition

Alors que la France compte plus de 6 millions de chômeurs, le CDI n’est plus vu comme le graal absolu pour la génération Y dont je fais partie et encore moins pour la génération à venir.

Selon une étude réalisée en 2016 par… Pôle Emploi, 6 entreprises sur 10 qui veulent embaucher pour une durée indéterminée disent rencontrer des difficultés et trouvent plus facilement des candidats pour un CDD que pour un CDI.

Et il y a de fortes chances qu’à l’avenir ces difficultés de recrutement soient accrues pour tous les recruteurs.

Face à cela plusieurs raisons :

  • On n’a plus envie de s’engager dans le salariat à la papa : le vagabondage professionnel est un moyen de conserver son sentiment d’être libre.
  • Un manque d’intérêt pour la forme juridique qu’est le CDI : chercheriez-vous à obtenir un CDI si vous n’en aviez pas besoin pour obtenir un logement ?

Là où des personnes y verront une peur de l’engagement, un refus des contraintes voire même de vivre dans un idéalisme ou encore de la flemmardise.

Pour ma part, je suis passé d’une quête du graal pour le CDI à une quête de sens.

C’est la recherche de l’épanouissement qui pousse la plupart des personnes de ma génération et qui poussera la génération Z à s’orienter vers d’autres formes de travail.

Et c’est ce qui justifie l’apparition en masse des slasheurs.

C’est quoi un slasheur ?

Un slasheur est une personne qui cumule plusieurs jobs.

Le terme slasheur provient du signe typographique « / », vous savez la barre oblique sur votre clavier qui se dit en anglais « slash » et qui indique une séparation entre différents éléments simultanés.

Depuis le milieu des années 2000, le terme devient récurrent. C’est en 2007 que le terme apparaît pour la première fois, dans l’ouvrage de l’auteure Marci Alboher, One person/Multiple careers. Spécialiste des questions d’emplois et de carrières, celle-ci le définit  comme une personne qui cumule plusieurs casquettes, plusieurs boulots.

En 2010, l’auteur et entrepreneur Seth Godin, ancien responsable marketing de Yahoo, illustra le terme slasheur en une phrase : « Mon grand-père a fait le même travail toute sa vie, mon père a eu sept emplois différents tout au long de sa carrière et moi j’ai eu sept emplois en même temps ».

Ils sont salariés slash entrepreneurs, serveurs slash photographe slash vidéaste slash décorateur.

On pourrait parler de « pluriactivité » ou de « multi-entrepreneuriat » mais slasher ça sonne mieux.

En France, nous serions entre 3 et 5 millions de slasheurs et à l’avenir ce chiffre continuera d’augmenter.

Ce quotidien qui est le mien sera bientôt celui de millions de jeunes de la génération à venir. Selon certains spécialistes de l’infantilisation nous serions les enfants de la précarité, ce qui ne signifie pas que cumuler plusieurs jobs est synonyme d’une plus grande précarité.

C’est une manière de s’adapter à notre économie en trouvant un équilibre financier tout en réinventant notre projet de vie.

L’émergence de cette nouvelle génération de travailleurs tient à des faits concrets : la mort du plein emploi, la mondialisation, la mutation rapide des marchés ou encore l’émergence de nouveaux secteurs d’activité.

fuck_the_system

Slasheur, une manière de dire « Fuck the system » ?

Nous sommes dans un système qui touche à sa fin. Les postes en CDI sont de plus en plus rares. Le chômage toujours élevé concerne aujourd’hui tout le monde : expérimenté ou non expérimenté, diplômé ou non diplômé, école de commerce ou pas école de commerce.

À ce sujet, venir d’une grande école ne garantit plus l’obtention d’un job.

Une enquête réalisée auprès de 1.300 élèves interrogés dans treize grandes écoles par l’Observatoire des grandes écoles, révèle que les futures élites semblent revoir leurs ambitions professionnelles à la baisse s’ils rencontrent « plus de difficultés que prévu à trouver rapidement un premier emploi ».
Car, même diplômés des grandes écoles, ils connaissent des conditions d’arrivée sur le marché du travail moins clémentes comparées à leurs aînés. Ils sont en effet moins payés qu’auparavant.

Mais revenons-en aux slasheurs.

Pourquoi devenir un slasheur ?

A la base tout provient d’une question d’argent. Il n’y a qu’à voir les américains : 1 sur 4 cumule deux emplois ou plus. Certains sont contraints d’avoir plusieurs emplois à la fois afin d’éviter les contrats précaires. Leur salaire ne leur offre pas un niveau de vie satisfaisant, alors ils essaient de créer d’autres sources de revenus.

Pour d’autres, cumuler les casquettes est un choix. Beaucoup de personnes au profil atypique (ou pas) mais à la capacité d’adaptation et aux multiples compétences apprécient avoir plusieurs employeurs, plusieurs environnements de travail. Elles aiment leurs différents boulots et ne veulent pas les abandonner. Elles y trouvent leur compte dans ce mode de vie chargé de pluri-activité.

Au milieu de tout ça, il y a les slasheurs qui ont un boulot passion et un boulot alimentaire. Ils n’exercent qu’une partie de leur temps dans ce boulot passion et sont obligés d’avoir un boulot alimentaire car le premier n’est pas suffisamment rémunérateur.

Le bon slasheur et le mauvais slasheur

Si à l’origine, la plupart des slasheurs le deviennent par nécessité, force est de constater que « Slasher », c’est se créer son propre équilibre, sortir des sentiers battus et continuer à apprendre sans cesse. Et on a plutôt intérêt à continuer à apprendre pour s’adapter aux changements incessants de l’économie.

Et puis ce n’est pas comme si nous étions les désillusionnés du système professionnel traditionnel.

Les successions de crises économiques, la hausse de la précarité, les difficultés à entrer dans le monde du travail après avoir multiplié les stages et les CDD sous-payés, ont découragé beaucoup d’entre nous.

Et on nous demande de nous battre pour un CDI où l’on sera payé au lance-pierre avec peut-être aucune perspective d’évolution ? Est-ce que l’enjeu en vaut vraiment la chandelle ?

Dans le reportage « Faut-il partir pour réussir ? », Marc Beaudet, le président québécois de la société Turbulent s’interroge : 

« Vous avez les meilleurs écoles au monde, et nous on s’est toujours posé la question pourquoi vous formiez et investissiez autant d’argent pour former de la main d’oeuvre que vous ne gardiez pas ? Nous aujourd’hui on importe votre main d’oeuvre. »

N’est-ce pas là une raison de notre désengagement vis-à-vis d’un CDI ?

Avant, nous faisions des plans de carrière dans une entreprise. Mais aujourd’hui, quand on voit l’état du marché, les difficultés d’accéder à un premier job, ne serait-ce même à un contrat d’alternance (dans certains domaines) et les conditions de travail, il faut voir comme on nous parle.

Ce qui ne donne pas envie de mettre ses œufs dans le même panier.

Au moins quand on slashe, on n’est pas à la merci d’un seul employeur.

Des raisons de slasher je peux vous en donner d’autres.

Personnellement, j’ai traversé une longue période de doute dans laquelle je me disais « Mais qu’est-ce que je vais faire ? ». Quelques temps après, j’ai réalisé que j’adorais faire plein de choses en même temps. Ça me permet de répondre à plusieurs besoins que j’ai et surtout de ne pas m’ennuyer.

Maintenant que j’ai créé ma boîte, je m’organise comme j’en ai envie. Quand je ne donne pas de formation ou de cours, j’alterne les matins clients, les après-midi tournage et montage de vidéo que je partage avec le sport et en fin de journée je suis en RDV client.

Je suis consultant/formateur/coach/tuteur/intervenant dans des écoles, mais je suis aussi vidéaste/blogueur/podcasteur et avec tout ça, je trouve encore le temps de voyager !

kmeo_nouvelles_technologies

L’émergence des nouvelles technologies et les slasheurs

Une autre raison qui a favorisé l’apparition des slasheurs, ce sont les nouvelles technologies.

Une valeur ajoutée commune à tous les slasheurs c’est la preuve de notre grande adaptabilité et de notre sens aigu du multitasking par rapport à nos aînés. Et cela est spécifique au Web 2.0.

Nous nous sommes mis à ressembler à nos smartphones que nous utilisons tout le temps et qui sont devenus multitâches.

Aujourd’hui, nous faisons tous plusieurs choses en même temps, comme par exemple regarder et écouter de la musique, tchater et écrire…

En outre, l’explosion des nouvelles technologies coïncide avec l’émergence du multitasking de manière générale.

Aujourd’hui, pour un slasheur à son compte, c’est facile de promouvoir ses différentes activités via le net notamment avec la prolifération d’outils comme les blogs, les réseaux sociaux et autres plateformes vidéos qui ont permis de gérer sa communication et d’entretenir son réseau sur son mobile. Le slashing est emblématique de notre société devenue zappeuse.

C’est un nouveau modèle du travail qui est en train de se dessiner effaçant l’ancien devenu obsolète.

Et il y a plusieurs signes à cela :

L’envie d’être utile, de contribuer au plus grand nombre tout en participant à la construction du nouveau monde est de plus en plus brûlante.

Notre génération s’auto-construit une identité aux multiples facettes et prônent le cumul des emplois comme un style de vie né de la nouvelle économie que les slasheurs incarnent et que le numérique a facilité.

kmeo_nomad_digital

Freelance et nomadisme digital

Désormais le travail c’est du slash, du nomadisme digital.

On voit de plus en plus de slasheurs qui ont des modes de vie nomade, entre plusieurs pays, plusieurs villes et lieux de vie.

Prenons aussi mon exemple, j’ai longtemps partagé ma vie entre Paris, Rennes et Montpellier. Cela ne m’a pas empêché de continuer à bosser et j’en avais besoin pour mon équilibre. Il y a la campagne ou la mer pour se ressourcer et les grandes villes pour travailler et sortir.

C’est la volonté de tout vivre et de sortir de la vision traditionaliste de la carrière toute tracée qui a fait émergé ce mode de vie.

Est-ce que cette approche du travail est une simple réponse à la crise économique ? Ou les slasheurs sont-ils en passe de devenir une nouvelle catégorie socio-professionnelle ? Selon l’Insee, la France comptait 2,2 millions de slasheurs en 2011. À l’heure où je vous parle, ils représenteraient 5 millions d’actifs soit 18% de la population active.

Nous sommes devenus la génération CDD, la suivante sera peut-être la génération Freelance.

Jetez un œil sur ce qu’il se passe dans les pays anglo-saxons.

Les États-Unis par exemple comptent 57 millions de travailleurs en freelance.

Ils représenteraient 35% de la force de travail américaine, et la tendance est à la hausse. Ce phénomène a entrainé l’émergence des solopreneurs et infopreneurs, c’est à dire des personnes qui cumulent les casquettes et donc des slasheurs.

kmeo_passion

Slasher : un moyen de concilier travail et passion

Puisque nous sommes nés avec la crise, notre façon de s’en sortir c’est de slasher, en accumulant les contrats clients, les missions d’intérim, les CDD et autres petits boulots.

Notre génération dynamite à loisir les codes traditionnels du travail en le réinventant. Elle cumule les jobs, invente son propre équilibre et improvise face à la mutation de l’économie de marché.

Elle est en train de révolutionner l’ancienne vision de l’univers professionnel. Le schéma traditionnel établi par les baby-boomers – bosser dans la même boîte au même poste toute sa vie- est mort. La carrière linéaire et séquentielle c’est fini.

D’un point de vue économique, ça n’est plus adapté aux mutations fulgurantes des marchés, à l’émergence de nouveaux secteurs d’activités. Et de toute manière, ça n’est pas ce que notre génération recherchait.

Ce que nous voulons c’est préserver notre employabilité car les emplois peuvent disparaître en une nuit, mais pas les talents. Et à côté de ça, nous n’avons pas assez d’une vie pour réaliser nos rêves les plus fous et tous ces projets qui nous tiennent à cœur.

On sait que nous aurons besoin de nous adapter pour survivre, mais ça c’est ce que notre génération a toujours fait.

Seulement nous ne voulons pas attendre une retraite que nous n’aurons peut-être jamais avant de pouvoir nous consacrer pleinement à notre passion. C’est maintenant que nous voulons concilier travail et passion tout en restant libre et autonome financièrement.

Génération slasheur

Notre génération jette ainsi un énorme pavé dans la marre du travail en révolutionnant les archétypes bien ancrés de la carrière professionnelle. La notion de carrière s’estompe ainsi de plus en plus pour laisser la place au zapping professionnel.

Et ce zapping professionnel, les employeurs devraient le craindre plutôt que de regarder ces profils atypiques avec méfiance. Car en face d’eux, ils ont des jeunes générations qui décident de créer leur propre job plutôt que de travailler pour le compte de quelqu’un d’autre. À l’avenir, chacun deviendra « sa propre petite entreprise ».

Et il fallait s’y attendre, c’était inévitable.

Internet a donné le pouvoir de créer et d’acquérir de nouvelles compétences à notre génération et à celles à venir.

Chaque heure, ce sont plus de 400 heures de vidéo mises en ligne sur Youtube. Des milliers d’images sont téléchargés en 10 min. Ce sont des centaines de blogs, applications, plate-forme qui naissent chaque jour faisant apparaître de nouveaux métiers comme les nouvelles régies publicitaires, le métier de community manager…

Mais ce qui a accéléré l’apparition des slasheurs ce n’est pas tant la mutation de l’univers professionnel, ni même l’appât du gain. C’est l’étroitesse d’ouverture et le manque de flexibilité du monde de l’entreprise face aux multitudes de profils qui ne rentrent pas dans leurs cases.

kmeo_ennui

Le meilleur allié du slasheur : l’ennui

Pourquoi sommes-nous nombreux à ne pas nous contenter d’un métier ?

Parce que notre génération n’a pas les mêmes attentes que les précédentes générations.

Même si il y en a eu des slasheurs avant nous :

  • Coluche : Fleuriste / Comédien / Humoriste / Politicien / Resto du cœur
  • Gandhi : Avocat / Philosophe / Résistant / Diplomate / Gardien de la paix

Nous serions selon certains auteurs, des passionnés hyperactifs car nous avons soif d’apprendre toujours plus. Nous ne voulons pas nous cantonner qu’à une seule tâche. Nous sommes touche-à-touts.

Et encore plus les jeunes générations qui ne supportent pas de s’ennuyer.

On va geeker sur Facebook pendant qu’on regarde une série sur Netflix et si la série est « bof » on va en profiter pour jouer à Candycrush ou Clash of Clans. On est en quelque sorte tous des slasheurs : on a peur de ne rien faire, de l’ennui, du temps mort entre deux activités.

L’ennui et l’idée de s’enfermer dans une case avec une seule étiquette à vie nous rebutent et nous effraient.

Surtout, c’est notre bien-être et notre développement personnel que nous privilégions par rapport au salaire.

Aujourd’hui, réussir sa vie ne signifie plus une carrière accomplie, mais plutôt de multiplier les opportunités.

Faire carrière dans une entreprise ne fait rêver que les générations précédentes. Les carottes qui légitimaient le système professionnel traditionnel sont périmées.

L’idée que l’on se fait de la réussite ne réside plus dans l’avoir mais dans l’être.

La frontière personnelle / professionnelle

Je pense qu’aujourd’hui de plus en plus de personnes prennent conscience qu’être épanoui dans son boulot est plus important qu’être confortable financièrement. Et que l’on préfère sacrifier ce confort pour se consacrer à des choses que l’on aime même si ce n’est pas toujours facile.

Nous sommes une génération qui peut accepter d’être mal payée à partir du moment où nous nous sentons bien et que nous aimons ce que nous faisons.

Mais il y a une chose sur laquelle nous sommes intransigeants, c’est notre rêve professionnel. Le travail doit être une passion et doit représenter le reflet de notre personnalité.

Bien souvent, nous ne dissocions pas l’affectif du monde de l’entreprise. Beaucoup d’entre nous voulons faire disparaître les frontières entre la sphère privée et l’environnement de travail. Faire en sorte que notre travail soit source de plaisir et soit pleinement intégré à notre vie privée.

Mais soyons clair, si nous sommes une génération de touche-à-tout qui n’a pas envie de se sentir à l’étroit dans une entreprise traditionnelle, nous ne voulons surtout pas nous retrouver coincés dans une routine professionnelle.

« On me demande souvent comment j’en suis arrivé à cumuler plusieurs activités, comment je l’organise et si cela est viable. » par Julien

Pendant longtemps et comme beaucoup de monde, je n’ai exercé qu’un travail à la fois : développeur informatique ou marketeur ou communicant ou commercial, … En suivant ce modèle, j’avais toujours ce sentiment d’avoir à laisser de coté une partie de moi afin de poursuivre une carrière.

Puis, la découverte du terme multipotentiel et du profil de slasheur m’a fait comprendre que je n’étais pas le seul dans cette situation et qu’il m’était tout à fait possible d’exercer plusieurs métiers à la fois.

Kmeo est d’ailleurs né de cette volonté de propager ce message et d’apporter des témoignages et des outils pour pouvoir le mettre en pratique.

Pour moi, slasher c’est me donner la possibilité d’exercer quand je le souhaite les métiers qui me passionnent.

Je peux par exemple commencer la semaine en travaillant sur Kmeo en écrivant un article, poursuivre sur l’amélioration du site, communiquer sur nos évènements pour entrepreneurs dans la foulée et finir par travailler sur la réalisation d’un podcast pour un client.

Slasher est un moyen de lier toutes les compétences que j’ai acquises et d’en acquérir de nouvelles, de continuer d’apprendre, de choisir mes collaborateurs, mes clients, mes projets et les gens qui m’entourent. De faire en sorte que mon environnement de travail reflète mes valeurs, mon mode de vie, mon fonctionnement et mes différentes facettes.

C’est aussi la volonté d’effacer cette barrière que l’on a tendance à dresser entre le professionnel et le personnel, d’être pleinement moi à tout moment et non pas une version tronquée cherchant à rentrer dans une case sans dépasser des bords.

Comme le disait très justement Laurent Gounelle, de ne pas exister à travers un métier, un rôle, pour au final se renfermer dans une représentation de moi-même qui m’éloignerait de qui je suis.

Car cela va bien au delà d’un simple métier !

Pour conclure

Être polyvalent permet de garder des portes entre-ouvertes. C’est la possibilité de changer de voie professionnelle à tout moment.

Mais c’est aussi un symptôme de notre époque : la difficulté de faire un choix.

Pourquoi choisir, puisque l’on peut faire plusieurs choses en même temps ? Pourquoi se laisser étiqueter quand nous sommes multipotentiels ? Se définir, c’est se limiter !

Faire un choix c’est faire une croix sur une chose au détriment d’une autre. Puis se spécialiser dans un domaine c’est en quelque sorte refuser de vivre plusieurs vies. Et ce sont toutes ces vies qui créent l’identité du slasheur.

Sa personnalité remplace son identité professionnelle autrefois résumée par sa fonction sur sa carte de visite.

Vivre plusieurs vies permet dans un certains sens de gommer le sentiment d’échec. Car nous avons tous en commun un rêve professionnel à atteindre qui se révèle être difficilement accessible. Gagner sa vie en tant que comédien ou rock star n’est pas donné à tout le monde. En revanche gagner sa vie en étant consultant est plus accessible.

Le jour où le boulot passion prendra le dessus sur le boulot alimentaire, il sera possible d’abandonner ce dernier pour s’adonner à sa passion. C’est une façon de vivre son fantasme professionnel tout en prenant en compte les contraintes du réel.

Et l’accumulation de toutes ces activités ne créée pas une dispersion des compétences. Au contraire, elles se nourrissent les unes des autres, pour finalement faire naître des compétences et des profils inédits.

C’est la possibilité de mettre en avant des compétences transversales où leurs différentes activités se complètent et s’enrichissent l’une à l’autre de la même façon que les vases communicants. Et, bien souvent, les deux activités finissent par se rejoindre de façon imprévue.

Cumuler plusieurs métiers est donc une façon de cultiver sa différence. C’est l’expérience acquise dans un autre domaine qui le rend unique.

De plus, comme je l’ai dit, jouer sur plusieurs tableaux permet de ne pas être dépendant d’un seul patron et de contourner la hiérarchie. Il y a comme un côté anti-autoritaire dans le cumul volontaire d’emplois qui permet d’être l’acteur de sa propre vie. On est moins prisonnier d’un schéma de pensée classique.

Être slasheur n’est plus synonyme d’instabilité mais d’adaptabilité et de richesse. C’est aussi cela le slashing : l’une des prémices de la mutation de l’emploi, qui dessine aujourd’hui le visage qu’il aura dans les prochaines décennies.

Et vous ?

Etes-vous un slasheur ou envisagez-vous de le devenir ?
Si c’est le cas, dites-nous en commentaires les raisons qui vous ont poussé à faire ce choix et ce qui vous plait dans ce mode de vie.

Et si nous parlions d’hypersensibilité ? – Podcast de Jordane

Lorsque Jordane, que nous avions interviewé dans l’épisode 10, m’a proposé de parler d’hypersensibilité dans son podcast «et toi tu fais quoi dans la vie? » j’ai immédiatement dis oui. 

C’est un sujet qui me tiens fortement à coeur, car étant moi même hypersensible j’ai navigué durant plus de 20 ans en eaux sombres, tout en effectuant beaucoup de recherches pour mettre des termes sur cette souffrance et surtout pour apprivoiser cette sensibilité accrue.

On en parle de plus en plus mais cela reste encore un concept vague pour certain, une source de taquinerie pour d’autres et une source de désespoir pour ceux en proie à cette sensibilité douloureuse. C’est un sujet qui revient souvent lorsque que nous parlons avec des multipotentiels / haut potentiels, car beaucoup y sont confrontés.

Et s’il y a un message que je souhaite aujourd’hui faire passer c’est : oui on peut vivre heureux en tant qu’hypersensible.

J’y tiens et le revendique, encore et encore, car j’entend trop souvent de la résignation et du désespoir à ce sujet de la part d’hypersensibles.

C’est donc pour toutes ces raisons qu’il est important pour moi de parler d’hypersensibilité, d’apporter de la clarté à ceux pour qui le sujet reste encore vague et de sortir des clichés et des idées reçues.

Q’est-ce qu’un hypersensible  ?

Un hypersensible est une personne qui va réagir plus fortement à tout ce qui peut l’éveiller et attirer son attention. Plus concrètement, ce sont des personnes qui réagiront plus fortement à toutes sortes de stimuli internes ou externes.

Internes lorsque cela implique nos propres émotions, pensées, peurs, sensation… Et externes qui peuvent être des sons, des odeurs, des mots, des réactions, des observations, des sensations physiques… 

Par exemple, un coup de klaxon qui surprend dans la rue, l’étiquette du pull qui frôle régulièrement la peau, une luminosité trop forte, un lieu trop bruyant, un mot plus haut que l’autre, le témoignage d’une altercation… tout cela sera vécu en puissance 1000.

C’est ce qui caractérise les hypersensibles : des émotions vécues bien plus fortement que la norme dû à une hyperstimulation des sens.

Le système nerveux est en alerte rouge très rapidement et la personne n’arrive plus à filtrer les informations et les ressentis et se retrouve parasitée jusqu’à saturation. Et cela se révèle être souvent douloureux physiquement.

Une des réactions face à cette surstimulation est souvent la fuite ou l’isolement ayant pour but de se libérer de la stimulation douloureuse au plus vite. Ceci cause parfois de l’incompréhension de la part de nos proches.

Je me souviens que lorsque j’étais plus jeune, la personne avec qui je vivais me reprochait beaucoup d’avoir besoin de m’isoler durant des soirées avec plusieurs personnes. Je manquais à l’époque d’information pour expliquer pour quelles raisons je ne pouvais plus « gérer » les interactions et était dans ce besoin vital de m’isoler. Aujourd’hui, j’explique et prends sans aucun soucis ces instants où j’ai besoin d’être seule. Car cela me permet de me ressourcer et de rééquilibrer  « mes compteurs de stimuli » grâce à quelques exercices de respiration, et ainsi reprendre plus sereinement ma soirée. 

D’autres réagissent avec agressivité, le résultat escompté étant le même : éloigner la source qui met tout le corps et le mental en alerte rouge… Pour d’autres, cette surstimulation les paralyse. Elle s’exprime alors discrètement, silencieusement et douloureusement. 

Attention cependant à ne pas faire d’amalgame entre hypersensibilité et extra/introversion. On peut être extraverti et hypersensible, tout comme introverti et non hypersensible. L’hypersensibilité s’exprimant de bien des manières, ce sont parfois des raccourcis qui peuvent être fait. 

Avoir une vie rythmée par des variations émotionnelles intenses implique souvent une sur-réflexion, des sur-réactions; de la fatigue et du stress…

Faisons un petit point sur le stress

Lorsque se produit un évènement imprévu, le corps produit une hormone ponctuelle que l’on connait tous : l’adrénaline. C’est le fameux coup de stress, une phase que l’on appelle « d’alerte ». L’adrénaline vient en aide lorsqu’il faut agir rapidement et ponctuellement (archaiquement il s’agissait de prendre la fuite) et elle est éliminée dans les 10 minutes suite à l’évènement.  

Mais lorsque l’on continue à être soumis à une source de stress, c’est le cortisol qui prend la suite. On appelle cela une « phase d’effort ». Le cortisol met en alerte le corps et le mental afin que celui-ci soit au taquet sur un plus long terme, qu’il puisse se défendre quand il le faut, tout observer, calculer etc…  Le cortisol met plus de temps à être évacué par le corps. En effet, il lui faut en moyenne 16h pour pour être éliminé une fois l’évènement stressant terminé.

Si ces phases se prolongent, on rentre dans une « phase d’épuisement » où le corps ayant puisé et brûlé toutes ses réserves d’énergie entre dans un programme de survie. S’en suivent burn-out (on comprend alors mieux l’origine du terme « burn »), dépressions, angoisses et crises d’angoisses, stress chroniques…

Vous comprendrez donc bien que pour un hypersensible, dont les sources de stimulation sont quasi omniprésentes et avec une intensité plus haute que la norme, ce mécanisme de défense se déclenche bien plus rapidement et peut être épuisant. Des exercices comme la cohérence cardiaque (dont l’un des effets est la régulation des hormones du stress) ou le Shirin-Yoku (promenade dans les bois) sont de précieux outils qui aident au quotidien à se recentrer et à mieux filtrer les stimuli.

Comme le rappelle le psychanalyste Saverio Tomasella, auteur de nombreux ouvrage sur le sujet et qui a fait sa thèse sur l’hypersensibilité, il ne faut ni dominer ni subir ses émotions. Il faut s’autoriser à les vivres et apprendre à apprivoiser ce trait de caractère via sa « toilette émotionnelle » (médiation, arts martiaux, randonnées…).

Apprivoiser son hypersensibilité

Pour ma part, ce fut de faire une immersion totale dans la recherche sur les émotions en général, puis sur le cheminement de mes émotions, via la psychologie, la spiritualité, la philosophie et le bouddhisme qui m’a permis de mieux me connaitre et de finalement apprivoiser mon hypersensibilité. Je suis partie du principe que si je ne pouvais pas gérer les stimuli externes (grands bruits, luminosité, foule, avis des autres, comportement brusques, etc…), je pouvais en revanche travailler sur ce qui se déroulait en moi, mieux comprendre le cycle stimulus-réaction-pensée-émotions, ce que ces dernières me disaient et avaient besoin d’exprimer, si elles étaient utiles / cohérentes / adaptées …

J’ai surtout appris à connaitre et respecter mon rythme.

Ce fut laborieux, il a fallut du temps et du travail (avec un accompagnement thérapeutique) pour réussir à équilibrer le tout sans que cela s’ébranle régulièrement. Cependant ne nous trompons pas,  je reste une hypersensible. Mais je me connais mieux et j’ai appris à baisser l’intensité des stimuli internes (pensées, angoisses, peurs, croyances limitantes…), à m’organiser pour ceux externes (le ciné et les concerts c’est avec des boules quies obligatoires, les sorties en lieu bruyant que si je suis en forme…), à comprendre mes peurs, mes limites, à dire un non clair et assumé lorsque qu’une situation va me demander une dépense d’énergie non équilibrée.

Aujourd’hui mon hypersensibilité est devenue une précieuse alliée dans mon quotidien professionnel, me permettant de me mieux comprendre les émotions des autres et de les aider à mettre des mots sur des sensations ou des situations.

Dans une société qui valorise l’intellect en oubliant que l’être humain est avant tout fait d’émotions, les hypersensibles n’ont pas à avoir honte de ce qu’ils ressentent. La meilleure solution est d’apprendre à s’exprimer tout en apprenant à se comprendre, se respecter et peut être à aller chercher ce qui alimente cette peur et ce stress parfois omniprésent. Selon la chercheuse et écrivaine, Elaine Aaron l’hypersensibilité toucherait de 15 à 25 % de la population. Je tiens à préciser que c’est un trait de personnalité parmi bien d’autres, et non pas une pathologie à soigner. Notons également qu’il existe autant d’hypersensibilité que d’hypersensible…

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille de vous promener sur les site d’Elaine N. Aron (hsperson.com) et de Saverio Tomasella (l’observatoire des ultrasensibles.com) et à lire leurs ouvrages.

Je remercie encore Jordane pour m’avoir donné la parole sur le sujet !

Que sont les croyances limitantes et comment s’en libérer ?

Et si nous parlions de ces croyances qui, comme leur nom l’indique si bien, nous limitent dans notre vie ? Vous savez, ces petites phrases anodines qui nous mettent le doute sur nos capacités, nos potentialités… Pourtant vous le verrez, ces convictions que nous avons sur nous ne sont bien souvent basées que sur des illusions !

Qu’est-ce qu’une croyance ?

Avant de la détaillée et même si cela peut nous sembler évident parlons d’abord de ce qu’est une croyance au sens général du terme.

Notre façon de voir le monde repose sur un système de convictions et de certitudes que nous avons intériorisé depuis notre plus jeune âge à travers les discours de notre entourage, nos parents, nos professeurs, etc… et que nous considérons comme étant des valeurs sûres, des choses vraies. Elles nous permettent non seulement de cadrer notre relation au monde et de nous y situer mais elles constituent aussi nos opinions et autres certitudes.

Ce système de croyances est régulièrement mis à jour via l’expérimentation de nouvelles données, ce qui signifie donc qu’elles ne sont pas immuables (fort heureusement !). 

Vous avez dit limitante ?

Tout à fait ! On les appelles limitantes ou limitatives car ce sont des croyances qui viennent limiter notre champ d’action, qu’il soit personnel ou professionnel. C’est une ou des convictions, des phrases, des mots, des peurs qui freinent ou empêchent l’action que nous souhaiterions entreprendre. Pour être plus claire, voici quelques exemples : 

  • Je ne vais pas reprendre des études à mon âge… 
  • C’est trop tard pour changer maintenant, je suis comme je suis !
  • Non mais c’était trop simple, j’ai forcement raté une étape.
  • Je dois trouver ma vocation.
  • Il faut travailler dur pour y arriver.
  • On n’a jamais rien sans rien.
  • C’est sérieux là, on travaille.
  • Je n’y arriverai jamais / Je dois être fort-e.
  • Je dois faire des efforts / faire plaisir.
  • Je suis trop vieux ou trop vieille pour apprendre.
  • Il faut que je / ce soit parfait !
  • C’est trop beau pour être vrai !
  • Le succès monte à la tête.

Est-ce que vous vous souvenez de ces discussions animées que nous pouvions avoir enfant, clamant que « MON papa a dit que / Ma maman a dit que … » ? On jouait la carte de l’adulte détenteur de vérité absolue pour imposer et expliquer pour quelle raison notre vision du monde (calquée sur celle de nos parents) était la vraie, la bonne, l’unique plutôt qu’une autre. Et c’est une réaction normale pour les enfants car les adultes sont la référence en matière de cadre, de faire et ne pas faire, bien et mal…

En soi ce n’est rien de grave. C’est uniquement lorsque ces croyances restent ancrées à l’âge adulte sans être remises en question qu’elles deviennent des « lois » régissant notre vie et qu’elles peuvent se révéler nocives.

«Voilà comment on apprend quand on est enfant. Nous croyons tout ce que les adultes nous disent. Nous sommes d’accord avec eux, et notre foi est si forte que le système de croyances contrôle tout le rêve de notre vie. […] La domestication est si forte, qu’arrivés à un certain point de notre vie, nous n’avons plus besoin de personne pour nous domestiquer : ni papa et maman, ni l’école ou l’église. Nous sommes si bien dressés que nous devenons nos propres dresseurs. Nous sommes des animaux autodomestiqués. Nous pouvons désormais nous domestiquer nous-mêmes selon le même système de croyances que l’on nous a inculqué, en utilisant le même processus de punition et de récompense. Nous nous punissons lorsque nous ne respectons pas les règles de notre système de croyances ; nous nous récompensons lorsque nous sommes un « gentil garçon » ou une « gentille fille ». Don Miguel Ruiz – Les 4 accords Toltèques

En fait c’est comme si l’on partait du principe qu’il y avait une vérité absolue et standard pour tout le monde, à laquelle nous essayons de coller. Ce qui, vous l’avouerez je pense, est absurde… 

Ok … et ?

Bon vous avez compris le principe, mais alors pourquoi je vous en parle ? Simplement parce lorsque nous sommes convaincus de quelque chose, cela devient notre réalité. Comme disait Bouddha : « Nous sommes ce que nous pensons. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde. » Donc lorsque l’on a des croyances sur nous, positives ou négatives, elles ont un impact sur notre façon de voir et vivre le monde.

Chez les personnes au profil multipotentiel, les envies et les freins sont multiples et la potentialité est souvent réprimée ou minimisée par une ou des croyances qui nous empêchent de nous révéler. Dans les 4 accords Toltèques, Don Miguel Ruiz parle d’un « livre de la Loi » dans lequel on dépose toutes ces croyances au fil de notre éducation et qui finit par régir notre vie. Il explique que nous vivons dans une projection du monde façonnée par ces croyances et que nous avons notre propre juge intérieur, qui nous condamne pour chaque geste désobéissant à ces Lois auxquelles nous n’avons parfois pas conscience.

« Une part de notre esprit juge toute chose et chacun, y compris le temps, le chien, le chat : tout. Ce Juge intérieur utilise ce qu’il y a dans le Livre de la Loi pour juger tout ce que nous faisons et ne faisons pas, tout ce que nous pensons et ne pensons pas, tout ce que nous ressentons et ne ressentons pas. Tout est soumis à la tyrannie de ce Juge. Chaque fois que nous faisons quelque chose de contraire au Livre de la Loi, le Juge nous déclare coupables, nous devons être punis et avoir honte. Cela se produit plusieurs fois par jour, jour après jour, durant toutes les années de notre vie. » 

ll faut comprendre que la plupart de ces croyances sont là car nous les avons acceptées dans notre système de croyance. Et nous n’avons peut être pas remis en question ce dernier depuis longtemps.

C’est donc justement à ce moment qu’il est important d’identifier son système de croyance, de le remettre en question pour qu’à l’âge adulte nous puissions choisir ce que nous souhaitons garder ou jeter. Il s’agit de questionner le bien-fondé de ces « affirmations personnelles » et les faire passer par un questionnaire simple et efficace :

  • Qui dit ça ?
  • Suis je d’accord avec ça ?
  • Est-ce objectivement vrai ?
  • Est-ce que ça m’aide ?
  • Est-ce que je suis sûr à 100% que ce n’est pas possible ?

Ré-interroger notre rapport au monde « standardisé » est un travail (un sport même parfois) d’introspection nécessaire, parfois désagréable avouons-le, mais dont le résultat nous amènera à nous découvrir sincèrement, à changer de regard sur le monde qui nous entoure mais aussi sur nous-même, et à libérer notre plein potentiel.

Quelques tips pour s’en libérer !

  • Pensez à toutes les fois où vous commencez une phrase par « Il faut … », « Je dois … », « Je ne peux pas … » et écrivez-les sur une feuille.
  • Remettez-les en question en répondant pour chacune d’entre elles à ces questions : Qui dit ça ? Est-ce 100% vrai ? Est-ce vraiment utile dans ma vie ? Est-ce positif pour moi ?
  • Inversez le processus en les transformant en « Je m’autorise à … », « Je peux … »…

Prendre conscience de nos limites, c’est déjà faire 50% du chemin à parcourir pour les dépasser. Et avoir pleinement conscience de nos forces, c’est le meilleur moyen pour s’entraîner à les renforcer.

Et pour conclure et illustrer simplement ce sujet des croyances limitantes, je vous propose de terminer par la fable « Le dompteur et l’éléphant » de Paolo Coelho :

« Un dompteur de cirque parvint à dresser un éléphant en recourant à une technique très simple : alors que l’animal est encore jeune, il lui attache une patte à un tronc d’arbre très solide. Malgré tous ses efforts, l’éléphanteau ne parvient pas à se libérer. Peu à peu, il s’habitue à l’idée que le tronc est plus fort que lui. Une fois qu’il est devenu un adulte doté d’une force colossale, il suffit de lui passer une corde  au pied et de l’attacher à un jeune arbre. Il ne cherchera même pas à se libérer. Comme ceux des éléphants, nos pieds sont entravés par des liens fragiles. Mais comme nous avons été accoutumés dès l’enfance à la puissance du tronc d’arbre, nous n’osons pas lutter. Sans savoir qu’il nous suffirait d’un geste de courage pour découvrir toute notre liberté. »

Et vous ?

Quelles sont ou ont été vos croyances limitantes ? Quelles sont celles que vous entendez le plus régulièrement autour de vous ?
Racontez-nous en commentaires ou dans le groupe de discussion Facebook !