Je dois vous avouer un truc: rien que le titre, « Pourquoi avoir de multiples passions est une bonne chose », m’a créé de la friction, car il contient déjà sa réponse.
Ça revient à dire :
« Allez-y, la solution, c’est d’avoir plein de centres d’intérêt et de suivre toutes vos passions ! »
Ce serait une réponse universelle à une question qui est très personnelle.
Et chez Kmeo, on n’est pas très fan de cette approche.
Parce que s’intéresser à plusieurs choses, j’ai même pas envie de dire que c’est bien ou pas.
J’ai surtout envie de dire que c’est naturel.
Je développe tout ça dans cette vidéo.
Tu préfères écouter ? La version podcast est tout en bas de la page.
Et si tu préfères lire, alors tu peux continuer à scroller.
Tout le monde est multipotentiel ?
On nous pose souvent la question : « Attendez, tout le monde n'est pas un peu multipotentiel ? Votre truc, ce ne serait pas un effet Barnum ? »
Je vais sans doute te surprendre mais je dirais que oui, en partie.
L'être humain est attiré par plusieurs choses à la fois, et c'est même ce qui l'a aidé à survivre.
Mais certaines personnes gardent cet appétit bien après l'enfance, et le poussent beaucoup plus loin que les autres. Elles ne se contentent pas de s'intéresser à tout. Elles s'enthousiasment et creusent les sujets en profondeur, et c'est de ces personnes-là qu'on parle.
Avoir plusieurs passions, ce n'est donc pas si rare. Mais un multipotentiel, ce n'est pas seulement quelqu'un qui aime plusieurs choses. C'est quelqu'un pour qui la découverte et l'apprentissage est centraux dans sa vie.
Pour creuser la question, on a une page avec la définition complète et les signes de ce profil multipotentiel.
Les avantages d'avoir de multiples passions
S'adapter quand la vie évolue
Des métiers apparaissent, d'autres disparaissent.
La vie évolue, et on évolue avec. Il faut être capable de faire évoluer sa vie quand on sent qu'une période est passée, et ça passe par s'intéresser à plusieurs choses. Garder sa curiosité ouverte.
Et le jour où je ressens le besoin d'aller explorer ailleurs, j'explore ailleurs.
Faire des liens entre les domaines
L'avantage d'avoir plusieurs passions, c'est de pouvoir faire des liens entre elles. Tu te nourris d'un domaine pour apporter des idées, des solutions, dans un autre. Tu vois des perspectives que les gens qui font une seule et même activité ne voient plus forcément, au bout d'un moment.
Cette capacité m'a servi très tôt, d'ailleurs.
À l'école, devant mes profs, je faisais des liens avec un sujet sur lequel je m’étais documenté, et qui n’avait rien à voir avec la matière du cours. À chaque fois, la pertinence du rapprochement les surprenait, et surtout, ça montrait dans la vie réelle quelque chose qui pouvait sembler très théorique.
Prenons un violoncelliste qui s'intéresse à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il comprend mieux certains morceaux écrits pendant cette période : ce qu'il y a derrière, ce que le compositeur a voulu dire. Et il peut vivre l'œuvre, puis l'exprimer à sa manière.
Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.
L'histoire est truffée de gens qui ont innové dans un domaine en venant d'un autre, complètement différent. J'avais préparé une conférence pour une école d'informatique, pour aider des ingénieurs à lever la tête de l'ordinateur. Je l'avais illustrée avec des personnes qui avaient révolutionné le monde de l'informatique grâce à ce qu'elles savaient de la poésie, de la musique, ou de tout un tas de domaines.
Les frontières sont poreuses. C'est nous, les êtres humains, qui décidons que ça, c'est des mathématiques, ça, de l'art, ça, du sport. Garder ça en tête permet d'imaginer des solutions qui dépassent ces frontières, et d'en changer quelques-unes qui ne tiennent plus.
L'enthousiasme de l'exploration
S'intéresser à plusieurs choses, c'est aussi mesurer tout ce qu'il reste à découvrir, et tout ce que tu ne sais pas. Et je sais pas toi, mais moi, je trouve ça enivrant.
Si on me donnait une potion qui, d'un coup, me ferait m'intéresser à un seul sujet et devenir expert absolu dans ce domaine, il n'y a pas une once de doute : je ne la boirais pas.
On pourrait me rétorquer qu'un seul domaine offre aussi des choses à découvrir à l'infini. C'est vrai. Mais dans cette pluralité, je vois une richesse qui me porte. J'ai croisé tellement de personnes qui ont cette approche, douées dans plein de choses, et je vois la satisfaction que ça leur apporte.
Et pour le côté travail, on a détaillé les atouts d'un multipotentiel dans un autre article.
Trouver le fil rouge de son parcours
Si quelqu'un me disait que s'intéresser à beaucoup de choses le dessert plus que ça ne le sert, je n'aurais pas de solution prémâchée à lui donner tout de suite. Je lui poserais des questions : d'où vient cette sensation, quels mots il met derrière. Puis, comme dans nos accompagnements, je creuserais avec elle ou lui les liens entre ses différents domaines.
Parce qu'il y en a forcément et ici on appelle ça le fil rouge.
Ce fil rouge apporte énormément de sérénité dans ses choix et dans ses changements de carrière. Et il manque à beaucoup : d'après le Baromètre Kmeo 2026, sur 256 répondants, 62 % ont du mal à expliquer clairement leur profil ou leur parcours aux autres. Plus de la moitié.
Quand tu n'arrives pas à nommer une chose, tu as souvent du mal à la vivre.
Alors l'objectif, c'est de remettre un peu de cohérence.
Qu'est-ce qui se cachait derrière chaque changement de domaine, de métier ?
Qu'est-ce que ça t'a apporté ?
Pourquoi celui-là, à ce moment-là ?
Ces choix n'avaient rien d'aléatoire, et rien d'un caprice. Ils suivaient une logique. La tienne.
C'est elle qu'il faut aller chercher, parce que c'est elle qui te permettra de faire les prochains choix en connaissance de cause. Tant que tu ne vois pas ce fil, tu prends ton parcours pour un problème. Et un parcours qu'on prend pour un problème finit forcément par nous faire souffrir.
Ce fameux fil rouge, on le rabâche chez Kmeo, et ce n'est pas pour rien : il donne une cohérence à ton parcours, pour toi d'abord, mais aussi pour les gens à qui tu dois l'expliquer.
Se spécialiser n'est pas la réponse
Un des pires conseils qu'on puisse entendre quand on est multipotentiel, c'est : « Il faut te spécialiser. »
Dans le Baromètre, quand on demande aux répondants de décrire leur travail idéal, 83 % préfèrent une forme de pluralité : alterner entre plusieurs sujets, ou en mener plusieurs en parallèle. Seuls 5 % préfèrent se spécialiser sur un domaine principal.
Ça dit une chose : demander à un multipotentiel de se recentrer, c'est aller contre ce que la grande majorité préfère. Et dans l'étude, ceux qui n'ont qu'un ou deux domaines actifs sont les moins satisfaits de tout l'échantillon. Les difficultés arrivent quand le cadre force à se limiter à un seul domaine.
Avoir plusieurs passions ne veut pas dire tout mener en même temps
Le piège, c'est aussi de se dire : « puisque je m'intéresse à plein de choses, il faut que je poursuive tout en même temps ! »
Avoir plusieurs centres d'intérêt n'enlève pas la dimension du choix.
À certains moments de ta vie, selon ta situation, tes besoins et tes objectifs, tu vas poursuivre une ou plusieurs activités qui répondent à ce moment-là. Tu peux choisir ce que tu explores maintenant sans abandonner tout le reste. On avait parlé de cette question du choix dans notre article Comment on choisit sans se renier.
Pour choisir sereinement, il faut d'abord te débarrasser d'une croyance que beaucoup de monde partage : une décision devrait être définitive.
Un choix n'a pas besoin d'être définitif
Le vrai piège, c'est de croire que ce choix est définitif. C'est ce qu'on te fait croire à seize ans, à l'école, quand on te demande de choisir parmi tous tes centres d'intérêt, avec une pression énorme sur les épaules. Ce choix va potentiellement guider les dix prochaines années de ta vie. Alors choisis maintenant, sans expérience, sans information, et surtout, ne te trompe pas !
Tu fais un choix. Si tu te trompes, c'est perdu.
Cette sensation, on se la trimballe longtemps. Et les gens qui n'ont pas encore mis de mot sur leur fonctionnement la vivent toujours : à chaque changement de domaine ou de métier, ils vivent un échec. Parce qu'ils se disent que le choix d'avant n'était pas le bon.
Partir de la bonne question
Ce qu'on fait croire aux gens très tôt, dès l'école, c'est que chaque question a une réponse unique. « Qu'est-ce que tu veux faire dans la vie ? » aurait une seule réponse, et si tu ne la trouves pas, tu as raté.
Ça a des conséquences catastrophiques.
Je donne des cours en parallèle de Kmeo, et j'ai trois règles d'or quand je rencontre une nouvelle classe. L'une d'elles : « Jusqu'à maintenant, on vous a félicités et récompensés pour donner des bonnes réponses. On aurait dû vous récompenser pour poser des questions. Alors posez des questions ! »
Je vois tout de suite que ça leur enlève un poids, surtout chez des étudiants à qui on réclame la bonne réponse depuis toujours. Parce que la vie, ce sont des questions que tu te poses et des réponses que tu essaies d'apporter, en continu.
Mais si tu pars de la mauvaise question, aucune réponse ne sera satisfaisante. Et pour moi, « quel métier tu veux faire dans la vie ? », c'est déjà une mauvaise question.
Je t'en propose d'autres :
Qu'est-ce que tes expériences t'ont apporté ?
Quels liens tu vois entre elles ?
Qu'est-ce que tu as envie de retrouver dans la suite ?
Ça te donne de quoi avancer, sans exiger une réponse valable pour le reste de ta vie.
Pour résumer
- S'intéresser à plusieurs choses, c'est naturel. Dire que c'est « une bonne chose » pour tout le monde, ce serait une réponse universelle à une question personnelle.
- Ce que ça apporte : s'adapter quand la vie évolue, faire des liens entre les domaines, et l'enthousiasme d'avoir toujours quelque chose à découvrir.
- Ce qui le rend difficile à vivre, souvent, c'est de ne pas voir le fil rouge de son parcours : 62 % des répondants du Baromètre ont du mal à l'expliquer aux autres.
- Se spécialiser n'est pas la réponse : 83 % préfèrent plusieurs sujets, et ceux qui n'en ont qu'un ou deux sont les moins satisfaits.
- Deux pièges : vouloir tout explorer en même temps, et croire que son choix est définitif.
- « Quel métier tu veux faire ? » est une mauvaise question. Pars des bonnes.
À toi !
Quel lien vois-tu entre les domaines que tu as traversés ?
Et quelle question te poses-tu, à la place de « quel métier » ?
Viens en parler avec nous dans la Kommunauté.

Et si tu étais multipotentiel ?
18 questions pour mettre des mots sur ta façon de fonctionner, sans t'enfermer dans une case.
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