« Je suis frustrée de ne pas retenir toutes les infos que j’ingurgite »

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« Je suis frustrée de ne pas retenir toutes les infos que j’ingurgite »

Cet article a été écrit suite à une question posée par une lectrice :  «  Je suis frustrée de ne pas retenir toutes les infos que j’ingurgite. J’ai l’impression d’avoir la culture générale d’une huitre alors qu’avec tout ce que je lis je pourrais briller en société ! Est-ce que c’est quelque chose que vous vivez aussi et qui peut être courant chez les multipotentiels ? »

Vous avez déjà vécu ce moment ?

Vous lisez un livre ou regardez une vidéo, relevez des passages qui ont un sens pour vous, et vous vous dites : «Il y a tellement d’idées géniales ! Il faudra que je me rappelle de ça. »

Et, pour une raison ou une autre, vous ne prenez pas de notes.

Peut-être oubliez-vous, peut-être passez-vous immédiatement à un autre livre ou une autre vidéo, ou peut-être l’aviez-vous prévu, mais vous êtes pris dans les urgences du quotidien.

Et au fil du temps, ces passages qui étaient si importants pour vous sont oubliés et ne seront sans doute plus jamais revus…

Cette scène, je l’ai vécu pendant des années. Je lisais un livre, regardais une vidéo, écoutais un podcast, je me sentais enthousiasmé par une nouvelle idée que j’avais croisée et je me disais que je m’en rappellerai plus tard. Peut-être même que je planifiais d’écrire quelques notes mais je ne le faisais jamais.

Pire encore : à de nombreuses reprises, je me souvenais d’une citation ou d’une idée spécifique que je savais utile à ce moment précis mais j’étais incapable de dire qui l’avait dit, où je l’avais vu et de la formuler de manière exacte. J’avais l’impression de ne retenir qu’une infime fraction de l’énorme quantité d’information que j’avais ingurgitée et c’était incroyablement frustrant.

Dans ces moments là, nous avons tendance à nous demander si notre mémoire fonctionne bien ou si elle n’aurait pas tendance à saturer. Si nous nous y prenons vraiment bien pour apprendre et retenir tout ce que nous voyons.

Alors ce que je vous propose dans cet article, c’est d’analyser comment diminuer cette frustration qui peut être terrible pour une personne multipotentielle et donc extrêmement curieuse et gourmande d’informations.

Mais avant ça, il serait utile de parler de la mémoire et de son fonctionnement, et vous verrez, c’est passionnant !

Kmeo multipotentiel cerveau

Les différents types de mémoire

On distingue deux principales catégories de mémoire : celle à court terme et celle à long terme.

  • La mémoire à court terme (dite mémoire transitoire) : elle s’occupe de retenir l’information en cours de traitement, donc l’information du présent. Ce stockage est limité mais la vitesse d’écriture et de lecture est rapide (on pourrait comparer ça à la mémoire vive d’un ordinateur aussi appelée RAM). La mémoire de travail ou mémoire immédiate est un modèle du fonctionnement de cette mémoire à court terme et permet de retenir et manipuler plusieurs informations pendant 18 secondes.
  • La mémoire à long terme (les mémoires permanentes) : c’est un système de stockage à capacité indéfinie, théoriquement illimitée, et dans lequel l’information est détenue de façon durable. On y distingue deux grandes catégories :
    • La mémoire explicite, s’occupe de la mémorisation d’informations que nous pouvons exprimer (oralement, à l’écrit..). Elle correspond aussi à une mémoire dite consciente. Elle comprend :
      • la mémoire sémantique : mémoire du savoir en charge des connaissances de notre propre histoire personnelle, de la culture en générale, de nos connaissances actuelles sur le monde, des définitions, de concepts, etc..
      • la mémoire épisodique : liée à l’affect, aux souvenirs, événements vécus et leur contexte (date, lieu, état émotionnel).
    • La mémoire implicite, aussi appelée affective, inconsciente ou mémoire procédurale est celle des automatismes et des habilités acquises (faire du vélo, conduire, nager) et que l’on reproduit inconsciemment.

Cette classification n’est pas unique, et certains parlent d’autres types de mémoire : la mémoire sensorielle (liée aux 5 sens), la mémoire cellulaire (l’épigénétique dont on parle de plus en plus), la mémoire émotionnelle, la mémoire familiale…

Mais revenons à notre profil multipotentiel et plus particulièrement à son hypersensibilité et le lien avec les différents types de mémoire.

Lorsque vous découvrez une information que vous souhaitez mémoriser, comment vous sentez-vous ? Totalement zen et détendu ou dans une forme d’enthousiasme et d’excitation plus ou moins forte ?

Vous vous demandez peut être ce que ce paramètre vient faire dans la mémoire ?

En fait ce qu’il faut savoir c’est que lors d’un processus de mémorisation, l’émotion prend bien souvent le pas sur l’information, jusqu’à rendre celle-ci trouble. Nous nous souvenons plus de l’émotion (que nous avons bien évidemment envie de partager car cela nous a fait cet effet « waouh ») liée à la découverte de l’information, que de l’information elle-même. Même si ceci n’est pas une règle gravée dans le marbre, c’est l’un des nombreux fonctionnement de la mémoire remarqué en neuro-science. Et si l’on prend en compte l’émotivité, voir l’hyper-émotivité des profils multipotentiels, on comprend vite pour quelle raison notre mémoire peut paraître trouble.

« Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme »

Le principe d’Antoine Lavoisier en chimie pourrait sans doute bien s’appliquer aussi à la mémoire. Les informations ne se perdent jamais, elles sont stockées ou amenées à évoluer. Mais elle sont bien là, quelque part en nous. C’est d’ailleurs le travail qui s’effectue en hypnose, décodage biologique, déprogrammation cellulaire… On va chercher les mémoires engravées pour les (re)travailler à but thérapeutique.

Il ne faut pas oublier que dans la grande majorité des cas, les personnes au profil multipotentiel ont une réflexion associative, un esprit en arborescence très rapide. Ce profil est d’ailleurs aussi appelé « scanner ». Scanner, emmagasiner de grande quantité d’informations, faire des liens d’une connaissance à l’autre est typique de ce profil.

Bien souvent lorsqu’une information est apprise, elle est quasi immédiatement mise en lien avec la banque de données déjà existante. Elle permet souvent d’en comprendre une seconde, d’en faire avancer une autre…  Alors, l’information initiale A est peut-être devenue une information E en quelques secondes car elle a été amenée à évoluer bien des fois au cours de la réflexion. Et la donnée A initiale a été sans doute un peu oubliée en chemin…

Kmeo multipotentiel infuse

Au final, comment éviter cette frustration de ne pas tout retenir quand on est multipotentiel ?

Soyez indulgent envers vous-même !

En tant que multipotentiel, nous partageons tous cette curiosité et cet amour d’apprendre sur une grande variété de sujets. Et c’est cette curiosité insatiable qui nous amène à explorer de nombreux contenus.

Mais, même en travaillant sa mémoire, il est impossible de retenir cette énorme quantité d’information.

Bon, je sais bien que cet article sur les 10 choses à savoir sur les manchots empereurs était intéressant, ou encore que cette vidéo qui montrait la différence de sonorité entre des pianos qui vont de 600$ à 363 000$ vous a appris plein de choses. Mais soyons honnêtes, pensez-vous que retenir tout cela vous aidera dans votre quotidien ?

Au moment où nous avons vu ces informations, nous les avons sans doute trouver passionnantes. Mais devons-nous pour autant absolument toutes les retenir ?

Alors évidemment, quand en soirée vos amis parleront nature, vous auriez aimé épater la galerie en leur racontant que les manchots empereurs sont capables de plonger plus profondément et plus longtemps que n’importe quelle autre espèce d’oiseau. Et quand votre mère voudra vous offrir un piano pour Noël vous auriez aimé pouvoir lui dire directement lequel choisir. Mais ce n’est pas si grave si vous ne vous pouvez pas vous rappeler de tout ce que vous ingurgitez !

Ce n’est pas tant l’information en elle-même qui est importante, c’est ce qu’elle procure chez nous. Elle vient souvent ricocher sur quelque chose que nous sommes en train de travailler.

Elle peut aussi simplement servir à nous inspirer, nous motiver, nous émouvoir.

La retenir sur le long terme nous demanderait de passer par tout un processus d’apprentissage ou d’utiliser des techniques de mémorisation que nous ne sommes sans doute pas prêt à faire pour chaque chose intéressante que nous croisons.

Dans tous les cas, soyez indulgent envers vous-même et dites-vous que vous pouvez toujours revenir au contenu pour mémoriser l’information si cela s’avère nécessaire.

Laissez infuser…

Stéphanie passe souvent par des périodes où elle visionne deux à trois conférences par jour. Ses amis lui ont un jour demandé : « Mais t’en fais quoi de toute ces infos ? Tu t’en souviens ? ». Ce à quoi elle a répondu :  « Eh bien non ! Pas toujours, mais c’est comme du thé, elles infusent, elles sont entrain de se déposer, ou plutôt de prendre racine ».

Plus tard, lorsque l’information est « digérée », intégrée, elle la ressortira avec ses propres mots. En faisant le lien avec d’autres infos, elle sera enfin capable de l’exprimer correctement sans frustration.

Elle a pendant longtemps souffert de ce « manque de mémoire », pour finalement lâcher prise sur le sujet. En effet, elle a décidé de faire confiance à son esprit et de partir du principe qu’il ne s’agit pas d’ingurgiter des informations de façon toujours consciente, mais bien souvent de façon inconsciente. La mémoire s’active lorsqu’il y a une amorce ou un besoin, un sujet qui lui permet de faire un lien et d’aller chercher une donnée qui semblait être oubliée. Et souvent cela l’amène à faire des liens sur des choses qui, à première vue, semblaient non reliées.

Ce processus prend du temps (comme une infusion de thé), et nécessite parfois de réentendre une même information plusieurs fois de façons différentes. Et finalement, n’est-ce pas tout le travail des paraphrases ? Dire la même chose différemment, tout en permettant à chacun de comprendre l’information avec les mots qui lui parlent.

C’est une autre forme d’apprentissage. Et il ne faut pas négliger le besoin de compréhension, de sens auquel le profil du multipotentiel est souvent confronté. C’est ce qui lui permettra l’intégration et la mémorisation de l’information.

Il faut aussi se rendre compte que c’est une énorme chance, car nous brassons énormément de sujets. Nous avons souvent des connaissances très vastes dans de nombreux domaines. Et très souvent, nous faisons des liens entre eux, ce qui nous permet de mémoriser les choses et de mieux les comprendre. 

« Je ne sais pas mais nous allons le découvrir ensemble »

« Excusez-moi, je voudrais savoir quel type de carte mémoire est compatible avec le drone que vous vendez là-bas ? »

« Bien sûr, je vais vous renseigner. Je n’ai pas la réponse à votre question mais je vous propose qu’on le découvre ensemble ! »

Cette technique nous a été très utile avec Stéphanie dans notre précédente expérience professionnelle. C’est en effet un réel soulagement de pouvoir dire « Je ne sais pas, mais nous allons le découvrir ensemble » et de dédramatiser ce « manque de connaissance »..

Nous ne pouvons pas tout savoir (personne ne nous le demande d’ailleurs). La rencontre avec l’autre ouvre de nouvelles opportunités sur de nouveaux sujets, et nous permet de découvrir par le biais de questions et de recherches de nouveaux savoirs. Plutôt que de se sentir tel un imposteur qui n’a pas la réponse immédiatement, un bon positionnement auprès de votre interlocuteur vous permettra de garder votre sang-froid.

Si vous êtes pris au dépourvu, exprimez émotionnellement ce que vous ressentez : « Vous me prenez de cours. Laissez moi 5 minutes et je vous retrouve l’information »

L’apprentissage par la pratique et les bonnes habitudes à avoir pour optimiser sa mémoire

De la même manière que vous pourriez lire un livre sur « comment jouer de la guitare », vous apprendrez réellement à jouer de cet instrument quand vous serez passé à la pratique. Et il en va de même dans bien d’autres domaines.

Vous voulez retenir plus rapidement et accélérer votre apprentissage ? Mettez en pratique et apprenez des résultats.

Ne vous attendez pas à retenir et à réussir la pratique au premier essai. Plusieurs études démontrent que c’est au deuxième ou troisième essai que l’on commence à comprendre la dynamique sous-jacente des choses. Pour apprendre, faites des essais de courte durée et accélérer le retour d’information. Plus les cycles seront fréquents, plus vous augmenterez vos chances d’apprendre et donc de retenir. Si nous accomplissons une action modeste chaque jour pendant trois jours, au lieu de réaliser une seule action d’envergure pendant trois jours, nous triplons les possibilités d’apprendre et augmentons d’autant nos chances de nous approprier l’idée. Soyez plus enclins à expérimenter.

Avec internet, on ne fait plus l’effort de retenir les choses. Pourtant, dans certains cas, il est important de pouvoir s’appuyer sur des éléments tangibles fournis par la mémoire : en entretien, dans une argumentation, une présentation, …

Ayant dorénavant peu besoin de mémoriser, il semble parfois que nous ayons oublié comment le faire et surtout que nous ayons quelques mauvaises habitudes qui ont un impact négatif sur la mémoire.

Pour consolider les souvenirs et optimiser sa mémoire, il y a certaines bonnes pratiques à avoir :

  • Dormir suffisamment car c’est pendant notre sommeil que le trieur hippocampe s’active, ordonnant ce qui mérite d’être conservé et supprimant le superflu. Le sommeil sélectionne et grave les souvenirs.
  • Prendre le temps de s’ennuyer pour que notre cerveau puisse activer le « réseau mode par défaut » popularisé par Francis Eustache. Quand nous rêvassons, notre cerveau est en état d’attention diffuse, ni concentré ni endormi. Durant cette période il consolide les souvenirs, il les sculpte. Or ce mode inactif est menacé d’extinction car sapé par les sollicitations addictives de nos smartphones.
  • Développer sa réserve cognitive pour lutter contre les effets délétères de l’âge : c’est le capital intellectuel, le fait d’aimer apprendre et de côtoyer des personnes qui aiment aussi apprendre. Il ne s’agit pas d’être tout seul avec sa connaissance, mais d’être dans des réseaux vertueux.

En résumé

  • Bien connaître les types de mémoire et leur fonctionnement est un premier pas indispensable afin de savoir comment mieux la travailler et faire face à cette frustration de ne pas tout retenir.
  • Ne soyez pas trop dur avec vous-même. Avec une curiosité aussi débordante, il est impossible de tout retenir et c’est souvent ce que l’information procure chez nous qui est important.
  • Armez-vous de patience et laissez-vous le temps de bien digérer l’information, de la réécouter sous différentes formes pour enfin la ressortir avec vos propres mots.
  • Quand quelqu’un vous demande une information que vous n’avez plus en tête, un bon positionnement vous permettra de ne pas vous sentir en imposteur et de vous laisser le temps de rechercher la réponse.
  • Rien de mieux que de mettre en pratique pour assimiler l’information et de suivre certaines bonnes habitudes.

Pour aller plus loin sur le sujet de la mémoire, je vous invite grandement à lire le numéro du Point consacrée à la mémoire et à regarder la conférence Ted de Joshua Foer sur ce même sujet.

À vous !

Et vous ? Avez-vous déjà ressenti cette frustration de ne plus vous rappeler d’une information pourtant si intéressante ? Quelles sont vos méthodes pour y faire face ? Quelles sont celles que vous utilisez pour mieux retenir ?
Racontez-nous en commentaires ou dans le groupe de discussion Facebook vos ressentis et anecdotes !
Par |2018-10-09T18:20:40+00:009 octobre 2018|Articles|0 commentaire

À propos de l'auteur :

Informaticien, chef de projet en marketing et communication, expert retail, formateur, animateur d'évènements professionnels, danseur, musicien, joueur sponsorisé de jeux vidéo de stratégie ... Après avoir accepté et organisé sa multipotentialité, Julien a crée Kmeo, un espace où les multipotentiels et les slasheurs peuvent se former et s'entraider.
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